samedi, 13 juin 2009
Soupir

"Soupir, lieu de ronces, cailloux, roche basalte, en déséquilibre sous le ciel bleu, écrasé par la bouche des collines. Il ne pouvait s'appeler autrement.
C'est là qu'on naît, c'est là qu'on vit et c'est là qu'on crève, un lepasan entre deux ombres. On avale une poussière qui porte en elle l'espace et les gens, l'exigence des pierres et le souffle amorti de la mer.
Il n'y a pas de fuite possible."
Soupir, dernier espoir, dernier refuge terrestre pour une bande d'hommes et de femmes au bout du rouleau, au bout d'eux-mêmes, au bout de tout. C'est la terre qui exhale son dernier souffle, c'est le soleil qui assèche cette terre aride autant qu'elle assèche le coeur de Patrice l'Eclairé, le narrateur, Fer-Blanc, qui a perdu sa couleur, Noëlla, privée de jambes, Maryvonne, la mère de Noëlla, Royal, Palm qui n'a pour mère que cette terre qu'il connaît, qui le connaît, mieux que personne, Pitié, battue par amour, par impuissance, et quelques autres.
Un aller simple, vers une terre stérile, aride, aussi aride que les âmes venues s'y installer, venues y agoniser. Un dernier rêve, fou, il n'y a plus de raison, de demi-mesure possible. Ce sera rien. Ou pire. Mais pire que quoi ?
Un reste de rêve, porté par le vent, "Ce vent, à Soupir, le jour de notre arrivée. Cela sifflait, grondait, grinçait. Oh, ce vent, ce vent à Soupir. Il nous a saisis." porté et anéanti, un rêve sans sommeil, les yeux à peine ouverts qu'il a déjà disparu. Le soleil l'a brûlé. "Le soleil et le vent à Soupir n'étaient pas comme ailleurs. Et la terre non plus. Sablonneuse, grumeleuse, cendreuse, elle ne contenait presque aucune humidité." Et pourtant Fer-Blanc y croit dur comme fer. Dur comme cette terre jamais fécondée, qui prend tout, sans jamais rien rendre. Qui se nourrira de la substance même des plants de ganja, de leur débris d'espoir, celui de Fer-Blanc, le nôtre.
Comme s'il pouvait en être autrement.
"Ile irréelle, rêvée, nous ne finirions jamais de la découvrir et de la haïr."
C'est Nöella qui a raison. Raison de n'avoir pas de jambes, aucune autre racine que sa mère qui la porte à bout de bras, à bout de souffle. Dans sa brouette qui grince, qui crie à cette terre, à ceux qui croient encore un peu en elle, qui croient encore un peu. Elle sait, elle, que c'est perdu d'avance. Elle sait tout. "Le premier regard qu'elle a porté sur le monde était déjà une mise en demeure. contre tout ce ui dans cette île, dansait, ondulait, déambulait. Contre la légèreté des feuilles et du vent, et la fuite souple de l'eau et des voiles. contre l'éternelle dérobade des regards."
Royal Palm aussi, sait. Il sait, que cette terre n'a rien à donner. Rien à donner à ceux qui en attendent quelque chose, comme un droit inaliénable, comme un dû. Mais ce sont les hommes qui ont une dette, celle d'être nés icI. Soupir n'a rien demandé. A personne. "Royal Palm était de ces êtres qui ne cessent jamais d'errer en dehors d'eux-mêmes. Il se coulait dans le paysage, s'y fondait comme un caméléon entre deux aeaux glauques, puis réapparaissait dans les lieux les plus inattendus. Il changeait de couleur et de forme. Il pouvait être arbre ou feuille, cave ou rocher. Mince, agile, frondeur et secret, personne ne connaissait Royal Palm. Il était sans chair et sans substance, et parfois même sans regard."
Dernier soupir, dernière marche vers nulle part, l'île est un "lieu-non-dit", un "non-lieu". Tout s'annule ici, tout se désagrège, tout disparaît. Sauf les hommes.
"Ils sortaient des abris de fortune le corps dilapidé. Ils contemplaient le jour, incurieux, sachant qu'ils n'en réchapperaient pas."
14:59 Ecrit par absolu dans contes rendus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, roman, devi, soupir
samedi, 30 mai 2009
Retour
Une absence assez longue (deux mois, sur le net, c'est une éternité).
Il faut quelquefois s'éloigner, pour mieux revenir.
C'est chose faite. Je suis de retour.
A venir, le conte rendu de Soupir, d'Ananda Devi.
P.S. : malgré le manque de publications, la fréquentation n'a pas manqué, elle. Incroyable. Merci.
03:57 Ecrit par absolu dans LaVieDuBlog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
jeudi, 19 mars 2009
Vers des jours meilleurs (ne jamais se fier à un lapin sur une autoroute)

"Je ne sais plus comment nous éitons arrivés là.
Je me souviens seulement des lumières. Elles passaient au travers des corps. Du mien. Des autres.
Rien n'arrêtait les lumières.
Elles étaient blanches, parfois, ou bleues, ouvertes. Les corps s'agitaient. Mon corps s'agitait. Se tordait, se cassait et se redressait.
Et les lumières passaient au travers.
Rien n'arrêtait la lumière."
Zack. J'aime bien sa façon de penser. Pas forcément sa façon de faire, mais cette réflexion qu'il porte déjà sur les choses, els sentiments, les gens. Son amour pour Maïa, bien plus grand que certaines amours de grands. Plus incertain, si évident, encore presque insouciant. Est-ce l'effet du pétard qu'il se fume avec une de ses amies, Marjorie, le matin, avant d'aller en cours ? l'atmosphère de ceux qu'il partage, dans certaines soirées, avec des "musicos" incapables d'émettre la moindre mélodie ? Est-ce simplement vrai ? Mais alors, pourquoi le pétard, pourquoi l'ecsta, pourquoi même ce sachet de cocaïne dans sa poche ?
Pas de faux discours, dans ce roman, pas de discours du tout. Juste quelques ados, pas de stéréotype. Non.
Juste quelques adolescents, qui tentent de fuir un peu la violence du monde, et se retrouvent face à une autre violence, plus douce en apparence. Ou juste quelques adolescents, en quête d'une échappée belle, vers d'autres sensations, une autre dimension. Voir d'un peu plus près les couleurs cachées d'une société en mal d'aimer.
Il aime, Zack, pourtant. Il emplit ses poumons de Maïa, à chaque inspiration, il ne se sert de ses yeux que pour la voir, l'apercevoir, la contempler. Ses mots sont tous, tout entier dits, écrits pour elle. Maïa. Maïa qui l'aime, envers et contre tout, et surtout contre ce tourbillon dans lequel Zack se laisse aspirer, en inspirant quelques bouffées, en gobant un ou deux ecsta... Maïa n'est pas spécialement raisonnable, sa drogue à elle, c'est Zack. Malgré elle. Malgré lui.
Jusqu'à ce que l'éphémère effleure Maïa. Jusqu'à ce que la réalité rattrape Zack, l'attrape, contre un mur. L'échappée belle a un prix, la poudre du bonheur temporaire coûte cher. C'est cher payé, Zack, pour si peu... non ?
Un détour par la littérature pour ados des plus réjouissants, écriture de l'instant, tactile, au souffle court, rapide. Pas de morale, juste de l'amour. Un peu d'humour, beaucoup d'erreurs, et de la poésie.
"- Je t'ai dit que j'étais un poète?"
Pas besoin de le dire Zack, pas besoin...
Note : 08/10
17:43 Ecrit par absolu dans contes rendus | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, adolescent, jeunesse, drogue, cantin, vers des jours meilleurs
Ce qui est précieux (Le combat ordinaire, tome 3)

Toujours aussi remarquable, cette histoire, pourtant universelle, mais écrite et dessinée avec une belle sensibilité. Le héros poursuit ses questionnements, sa quête d'identité, mais surtout sa quête de sens.
Et les réponses qu'ils cherchent ne sont pas forcément chez le psy qu'il consulte depuis pas mal d'années maintenant. Peut-être se cachent-elles ailleurs, plus près, dans ce qu'il y a de plus simple, le moins évident à voir, vraiment.
Donner un sens à sa vie, c'est d'abord la vivre. Et son père, avec sa collection de bouchons, et ses carnets remplis de notes anodines, chaque jour, ou presque, avait peut-être compris, que la vie n'est pas si loin qu'on le pense. Qu'elle est peut-être simplement dans ce qui nous entoure. Un nid en construction, un rayon de soleil filtré par les branches d'un arbre en fleurs, porter son fils sur ses épaules.
Parce qu'avoir un enfant, ce n'est pas que des soucis...
10:00 Ecrit par absolu dans bulles, contes rendus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, bande dessinée, larcenet, combat ordinaire
samedi, 14 mars 2009
Folie
"Aimer à la folie, qu'est-ce à dire ? sinon être deux fois fou."
Albert Brie.
16:51 Ecrit par absolu dans Un jour un mot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, brie, folie, citation
mercredi, 18 février 2009
Syngué Sabour - Pierre de patience

Le souffle se pose, s'impose, impose le rythme à l'écriture, au temps qui passe, à la vie qui continue. Vie qui semble le survoler, se concentrer dans ce souffle, qui est le souffle.
Elle compte, compte les souffles, les grains du chapelet. Elle répète, les 99 noms du Dieu qu'elle prie depuis des semaines, inlassablement, proche de l'incantation, parfois. Elle prie.
Elle va, vient, vérifie le souffle, toujours, le stilligoutte, déversant dans les veines de l'homme une solution sucrée-salée. Deux gouttes de collyre, dans chaque oeil. Est-il encore vivant, à quoi pense-t-il, l'entend-il ? Seul ses organes vitaux semblent fonctionner, coeur, poumons, une part de son cerveau. Abandonné à ses seuls soins, à elle. Et elle, abandonnée de tous, ou presque.
Elle patiente, puis s'impatiente. Se met en colère, hurle, pleure, s'en va, revient, sans cesse. Elle. La femme.
La guerre en fond sonore, à peine visuelle, incarnée dans quelques corps, avec ou sans vie. Les tirs, dans la rue, entre deux souffles. Et le silence, plus pesant que la violence extérieure, que la mort elle-même.
Peu à peu ses mots à elle prennent le dessus sur son souffle à lui. Peu à peu la colère, les doutes, cèdent leur place à l'intime, à la confession. Prudente, au début. Et face au souffle impassible, au regard fixé au plafond, elle se livre, toute entière, se délivre, de ces années passées à ses côtés, à lui. Ou plutôt dans son absence. Dans son ombre. Sous sa coupe, celle de sa famille, à lui. Et un peu de la sienne, à elle, aussi.
Comme si son état léthargique, sa compagnie "forcée" était, pour elle, un début de salut. Sa pierre de patience, à elle, sa syngué sabour. Elle se livre, se délivre, puise au plus profond d'elle ses plus douloureux secrets. Les tabous finissent par disparaître, et c'est une femme nue, à nu, qui se révèle. Libérée. Et cependant, dépendante de cette relation, nouvelle. Un secret en entraîne un autre. Jusqu'à ce que..
Note : 10/10
12:32 Ecrit par absolu dans contes rendus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, livre, goncourt, rahimi, syngué sabour










