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vendredi, 06 octobre 2006

Appel d'R.

(septembre 2003)

R.,


    Nous avons fait un bout de chemin ensemble, nous avons marché côte à côte pendant plus d'une année ; nous avons eu à certaines intersections du mal à nous mettre d'accord sur la direction à emprunter. Nous sommes tombés aussi, nous nous sommes égratigné les genoux à plusieurs reprises ; nous avons pris des raccourcis, pensant gagner du temps. Nous avons pris le temps de nous poser aussi, une nappe à carreau, comme une halte, un instant de repos. A ces moments-là, nous avons pu lever les yeux au ciel et retrouver le chemin grâce à ses lumières si lointaines, et nous si loin d'en être.

    Nous avons été séduits par de belles vitrines, à l'approche des villes, qui nous promettaient de l'argent et la réussite contre plus de trente heures de bons et loyaux services, longs boyaux asservis par le stress de ne pas bien faire, et nous aussi. On est entrés, pensant bien faire, puis on s'rend compte qu'on en a marre de faire les comptes, neuf lettres, pas mieux, « congépayé », eh ouais , on s'dit : « Quel con, j'ai payé ! ». On est dans cette ville depuis quelques temps, qu'on rechigne déjà à aller au boulot, mais au bout, l'eau, alors on pique une tête ; pas n'importe laquelle, une en bon état, de préférence.

    Alors nous avons nagé jusqu'à la rive d'en face. On efface tout et on plante la tente, l'attente nous plante là, jusqu'à ce qu'on ait pris suffisamment le soleil, qu'on ait mûri. Nous avons replié bagages, n'avions aucun gage au Mont de Piété. Nous avons empiété sur les terres de la vie ; contrainte, elle accepta nos étreintes, éternelle elle nous prit sous son aile. Puis une nouvelle rue marchande aux étalages drôlement bien achalandés, qui séduirent nos esprits déjà surchargés. C'est dire comme les choses étaient joliment présentées, un meilleur salaire (l'air toujours aussi sale), plus stable (on a déjà les chaises, c'est bien !), possibilité d'évoluer au sein de l'entreprise (au sein ou dans le ventre, un sevrage ou un accouchement, dans les deux cas, on perd sa place). On n'avait rien d'autre à faire, on a dit banco, la banque a dit : « Oh ! ». Moi, elle m'a jamais trop portée dans son cœur, j'étais pas portée sur la monnaie, on s'le rendait bien.

    L'un a du mal à gérer ses comptes, l'autre a du mal à les digérer, c'est con, tout est histoire d'intestins ; c'est un test, hein ? La tension monte, l'attention diminue, et on dit : « Minute, papillon ! », on a pourtant dit qu'on s'aimait non ? On sème on arrose, on récolte ; on s'aime à coups de roses, on range les colts. C'est la trêve, et puis la grève. Vient le temps des réformes, tout le monde perd la forme et le fond, personne ne veut le toucher, alors, au fond, tout l'monde s'en fout. Oui, tout l'monde s'en fout car après tout quatre pelés et un tondu de la « France d'en bas » n'ont pas d'avis à donner, la vie à donner… on a beau appeler on n'est pas entendus… Un vent froid souffle sur le drapeau, embrase les étincelles des pyromanes, des imprudents ; on fait les calculs : on dira que c'est la canicule, on déclenchera les plans d'urgence, on restera en alerte un certain temps, haletants, en attendant le calme.

    Et nous dans tout ça, on s'démerde, on s'dit merde, on étouffe, dans la mal bouffe, on implose sous la peine, la haine à peine éclose. Parce que les obstacles sont fréquents on tacle sans raison, sans remord ; on mord la poussière, aujourd'hui moins que demain. A deux mains c'est mieux que rien, deux ego, parfois c'est trop. Mais sur la table du p'tit déj, …y'a qu'un bol…y a moins d'air. Y a plus d'guitare qui résonne, juste le téléphone qui sonne. J'ai perdu mon répondant, j'me suis branchée sur répondeur… j'voudrais juste laisser un message aussi envoûtant qu'un chant de sirènes, mon capitaine, pour vous dire qu'avec vous j'ai découvert d'autres horizons, exploré d'autres contrées, bon gré mal gré, au gré du vent, au gré du temps. J'aimerais vous raconter le bien que vous m'avez fait….

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