Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 16 octobre 2006

La curiosité est un joli défaut

medium_metro.jpgA l'ère du tout électronique, de l'empire numérique, des lecteurs mp3 des i-pod des notepad et j'en passe et des plus perfectionnés, j'ai pu faire ce constat durant mes longs et nombreux trajets en métro : la majorité des "métropolitains" tenaient entre leurs mains soit un téléphone portable, soit du papier (livres, revues, journaux). Pas de quoi s'affoler alors, les maisons d'édition ont encore de beaux jours devant elles.


Les opérateurs téléphoniques aussi me direz-vous, mais ça n'est peut-être pas un mal, car il y est aussi question de mots. Rédiger un sms nécessite de maîtriser ce langage si particulier et objet de débats (cf. langage_sms.doc). L'art de la synthèse, l'art d'abréger au maximum les mots, faire passer l'essentiel avec le moins de caractères possibles est une façon de jouer avec la langue (cf. article sur wikipédia). Tant qu'on n'applique pas cette méthode lors d'une dissertation de culture générale lors d'un concours d'entrée aux grandes écoles, ou pour rédiger sa lettre de motivation, aucun danger. La langue française est une langue vivante, et doit pouvoir s'utiliser par tout un chacun. Mais, ça doit être une habitude, je m'égare au fil des stations.

Les livres ont leur place, qu'on soit assis, debout, adossé aux portes. Et je suis fascinée. Fascinée par ce pouvoir qu'a un livre sur celui qui le tient entre ses mains. Je ne peux m'empêcher de vouloir connaître cet auteur, cette histoire qui captive tant qu'on en oublie son environnement, qu'on fasse abstraction de cette bousculade incessante, ce va-et-vient éternel souterrain. Mes yeux cherchent le titre, l'auteur, de ce roman que dévore l'homme assis en face de moi. Mes yeux parcourent malgré ma volonté l'article du magazine qui absorbe l'attention de ma voisine de gauche. Incroyable.

Je ne sais pas pourquoi j'agis de la sorte. Est-ce que je cherche de nouvelles histoires, de nouveaux auteurs ; ai-je besoin de nouveaux horizons, d'assouvir une soif inextinguible de mots, que j'en viens à "voler" ceux des autres ? De la procuration ? Quand même pas. Tout ce que je sais, c'est que si je repère un livre que je connais, j'éprouve une certaine fierté, je me dis "eh eh je pourrais lui dire qui est l'assassin", ou encore "wouaaa, est-ce que lui aussi a reconnu le génie de cette oeuvre ?", et même "mon Dieu, ça se lit encore cette daube ?"

A maintes reprises je fus tentée d'interrompre le lecteur pour lui dire "bravo, bon choix", "vous en êtes où?", "vous n'avez pas honte ?". Ehhh oui.. Mais je ne l'ai pas fait. Pourquoi ? Par respect, on ne coupe jamais la lecture, c'est impoli. Une fois une dame a vu que je me contorsionnais (discrètement hein) pour apercevoir la couverture. Du coup elle m'a carrément tendu l'ouvrage, et nous avons échangé quelques mots. L'écrit générait l'oral.

C'est peut-être ça en fait, considérer le livre non plus seulement comme un moyen d'échapper à la réalité qui nous entoure, mais au contraire comme vecteur de dialogue, de contact. Une autre fois, dans cette gigantesque librairie aux 4 lettres, une femme cherchait ses prochaines lectures au rayon policiers, et elle demandait conseil à un des employés. Voyant le livre qu'il avait en main, j'ai reconnu une récente acquisition et lui ai confirmé en quelques mots quel excellent choix il avait fait pour elle. Cette femme fut ravie d'avoir un écho positif, émanant d'une simple lectrice, et le prit sous le bras sans hésiter. L'écrit générait l'oral. Encore une fois.

Eh bien voilà, j'ai semble-t-il trouvé réponse à cette curiosité bien placée, ou du moins une partie de réponse.

medium_gardiens_et_passeurs.jpg

Pennac a raison quand il dit qu'il vaut mieux être "passeur" que "gardien du savoir".

 

 

 

 

Bon, vous m'excuserez, je voudrais finir ce chapitre avant d'arriver Porte d'Orléans.

Les commentaires sont fermés.