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samedi, 18 novembre 2006

Quatre romans noirs

medium_quatre_romans_noirs.jpgJe n'avais jamais lu de Benacquista avant, c'est un ami qui m'a demandé il y a peu si je connaissais.. Comme je lui répondis non, il m'a dit que ça devrait me plaire et qu'il me fallait essayer.. J'ai essayé..


Quatre, ehhh oui... c'est  pas rien à lire, quatre histoires différentes, même si l'on y retrouve le même personnage principal. Les éditions Folio ont décidé de réunir quatre romans de Benacquista car il leur semblait que les quatre histoires avaient un lien qui les unissait entre elles.. Je l'avoue, sans qu'aucune ne soit la suite d'une autre, elles se lisent aisément l'une à la suite de l'autre.

"Silence. Poncepilatique chez moi, crispé chez lui. Mais comment interdire à un type mort de trouille de pisser ? Je ne peux pas me permettre de le faire sortir même une petite seconde de sa planque, et après tout il s'y est mis tout seul. D'un autre côté, ça peut virer à l'aquarium d'un instant à l'autre, et mes draps du retour sont foutus, sans parler de l'odeur."

C'est comme ça dans La maldonne des sleepings. Le héros narrateur est un paradoxe d'égoïsme calculé, nécessaire, et d'altruisme qui tend au pragmatisme. Cynique, amer, il n'hésite pas à se défouler sur celui qu'il aide. Car il aide malgré lui, il semble s'accommoder de l'imprévu, ne se dépare jamais d'une sacrée répartie. Il a beau donner l'impression de peser le pour et le contre de chaque action, le lecteur n'est pas dupe de son bon fond. Un huis-clos "chemindeferrique", où tout tourne autour de ce personnage qu'Antoine va prendre sous son aile, ou plutôt dans sa cabine, enfreignant toutes les lois possibles régissant le code des couchettistes.. Et puis, entremêlée à l'intrigue, une poésie, l'art de tourner une phrase, de manier le verbe.. Benacquista, par-delà sa verve incroyable et l'humour cinglant dont il ne se départit dans aucun des quatre romans, nous fait vibrer : " Il est triste le Venise de 19h32, l'hiver, parce que le quai est froid et noir. Je tire sur la portière. C'est bouclé. Un voyageur agite la main par la fenêtre, sans aucun vis-à-vis. Un poète... Les passagers me regardent du couloir. Ils s'en remettent déjà à moi. Au loin on entend le coup du sifflet, le tam-tam du train cherche lentement son rythme et les cuivres entament l'adagio. Je ne ferai pas ce boulot toute ma vie. j'aurais tellement voulu rester à quai."

Mais ça n'est pas le plus troublant des quatre.

Les morsures de l'aube, après le monde des trains couchettes, celui de Paris la nuit, avec ses piqu'assiettes, ses sans abris.. Antoine se retrouve impliqué dans une chasse à l'homme parce qu'il est un oiseau de nuit sans nid fixe. Parce qu'avec son acolyte ils naviguent entre plusieurs buffets mondains nocturnes, ruse, audace, manières et langages leur ouvrent bien des portes, qui elles s'ouvrent sur ce qui leur fait le plus défaut, la nourriture. Pris au piège ils n'ont pas le choix. Et c'est Antoine qui s'y colle. On découvre au fil des pages un monde dur, froid, sans concessions, un univers qu'on retrouvera dans Trois carrés rouges sur fond noir... Une histoire où le méchant n'est pas forcément celui qu'on croit..

Des Quatre c'est celle qui m'a le plus interpellée... Je vous laisserai découvrir pourquoi..

Enfin voilà, le propre de Benacquista est de nous plonger dans un univers bien spécifique, bien délimité, très précis.. Qu'on aime ou pas, on est obligé d'y adhérer, tellement c'est vrai. Le train, la nuit, la peinture, L'italie et ses vignobles.. chaque histoire est différente, la mécanique est la même, subtile, personnelle, tout en subjectivité.. à la limite de l'invraisemblable, et pourtant, tout est plausible. A chaque histoire on s'instruit, sans en avoir l'air, sans vraiment le savoir. Tout un art..

 

Note : 07/10

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