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samedi, 02 décembre 2006

L'école de l'assassinat

Mirbeau. Octave Mirbeau. Je ne saurais plus vous dire comment l'on s'est connus, lui et moi. Au hasard, sans doute. J'ai commencé par Le Journal d'une femme de chambre, ou bien Le Jardin des supplices... Eh beh, j'ai la mémoire qui flanche je crois bien.. Enfin peu importe, j'ai adoré les deux. L'un fleurs du mal asiatique, la pourriture des corps qui alimente la terre des plus beaux jardins et donne les plus extraordinaires orchidées qui soient, l'autre la vie d'un couple bourgeois sur le déclin vu par une bonne qui écoute aux portes, regarde par les trous de serrures.. Et Mirbeau, c'est un style, une force.

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(lire des extraits des deux ouvrages pré-cités)


En quatrième de couverture des Contes cruels, on peut lire :

"Cruauté de la condition humaine, condamnée à l'angoisse et à la souffrance. Cruauté de la nature humaine, dont le fond est la férocité. Cruauté de la femme qui "domine et torture l'homme". Cruauté de la société qui opprime, mutile, écrase l'individu, et le condamne à une existence larvaire."

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Ca donne une idée de l'écrivain qu'il était, vous ne trouvez pas ? Pas convaincu ? Lisez-donc l'extrait d'un des Contes cruels, intitulé : L'école de l'assassinat. On en reparlera après.

"La sensation est exquise de penser que l'on va tuer des choses qui bougent, qui avancent, qui semblent parler, qui supplient. En dirigeant comtre elles la carabine ou le pistolet, il vous vient à la bouche comme un petit goût de sang. Aussi quelle joie, quand la balle décapite ces semblants d'hommes ! Quels trépignements lorsque la flèche  crève les poitrines de carton et couche par terre les corps inanimés dans des positions de cadavres ! Chacun s'excite, s'encourage, s'acharne. On n'entend que des mots de destruction et de mort : " Crève-le !... il a son affaire !... Vise-le à l'oeil, ce cochon-là ! " Autant ils restent indifférents, sans passion, devant les cartons et les pipes, autant ils s'exaltent si le but est représenté par une figuration humaine. Les maladroits s'encolèrent, non contre leur maladresse, mais contre la marionnette qu'ils ont manquée. Ils la couvrent d'injures ignobles, la traîtent de lâche lorsqu'elle disparaît derrière la porte du donjon. " Viens-y donc ! " Et ils recommencent à tirer dessus avec rage, jusqu'à ce qu'ils l'aient tuée.

Examinez-les. En ce moment, ce sont bien des assassins, mus par le seul désir mystérieux de tuer. La brute homicide qui, tout à l'heure, dormait au fond de leur être, s'est réveillée fatale et farouche, devant cette illusion qu'ils vont détruire quelque chose qui vivait. Car pour eux, le petit bonhomme en carton qui passe et repasse n'est plus un joujou, un morceau de matière inerte sur lequel doit s'exercer leur adresse. A le voir passer et repasser, inconsciemment, ils lui prêtent une chaleur de circulation, une sensibilité de chair, une pensée, une volonté, toutes choses qu'il est si âprement doux d'anéantir, si délicieusement féroce de sentir s'égoutter par des plaies que vous avez faites. Ils vont même jusqu'à le gratifier d'opinions politiques ou religieuses qu'ils abhorrent, afin d'ajouter une haine particulière à cette haine générale de la vie, et doubler ainsi d'une vengeance savourée l'instinctif plaisir de tuer. Examinez-les. Dans leur yeux luit la folie hideuse du meurtre. Ah ! ils s'amusent, je vous en réponds, ces braves gens ! "

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Commentaires

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ENTRETIEN

"La littérature est orphique" - Entretien avec Juan Asensio (par Laurent Schang)

RECITS

Le collectionneur d'esclaves, par Lucien Suel

Mea Culpa, par Helena de Angelis

Le retour de Joséphine de Beauharnais, par Jean-Marc Agrati

Histoire des derniers cow-boys français, par Andy Verol

Connaissez-vous Montgomery ?, par Jean-Claude Tardif

CRITIQUE

Artaud, le mécréateur, par Jean-Paul Gavard-Perret

La théorie du bétail humain chez Shozo Numa, par Axelle Felgine

Pierre Guyotat, la langue de l'esclave, par Valérian Lallement
Greg Egan, autopsie de la machine, par Marc Alpozzo

Servitude et finitude dans l'herméneutique de Ibn Arabî, par Mohammed Chaouki Zine

Magic Box, par Philippe di Folco

Paysages imaginaires des enfants de la cité monstre dans le Japon contemporain, par Otomo Didier Manuel

Carbone, revue d'histoire potentielle
Editions Le Mort-Qui-Trompe, automne 2006
128 pages. 8 euro

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Écrit par : Andy Verol | vendredi, 01 décembre 2006

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