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dimanche, 03 décembre 2006

Ada ou l'ardeur

 medium_ada_ou_l_ardeur.jpgQuatrième de couverture
Le château d'Ardis - les Ardeurs et les Arbres d'Ardis - voilà le leitmotiv qui revient en vagues perlées dans Ada, vaste et délicieuse chronique, dont la plus grande partie a pour décor une Amérique à la clarté de rêve - car nos souvenirs d'enfance ne sont-ils pas comparables aux caravelles voguant vers la Vinelande, qu'encerclent indolemment les blancs oiseaux des rêves ? Le protagoniste, héritier de l'une de rios plus illustres et plus opulentes familles, est le Dr Van Veen, fils du baron " Démon " Veen, mémorable personnalité de Reno et de Manhattan. La fin d'une époque extraordinaire coïncide avec la non moins extraordinaire enfance de Van. Il n'est rien dans la littérature mondiale, sauf petit-être les réminiscences du comte Tolstoï, qui puisse, le disputer en allégresse pure, innocence arcadienne, avec les chapitres de ce livre qui traitent d'" Ardis ".


Il me semble avoir lu Ada ou l'ardeur avant le très célèbre et sulfureux Lolita. J'en suis quasiment sûre, mais comme pour Mirbeau, je ne peux jurer de rien.

Remuant mes cartons au gré de mes humeurs (en attendant de pouvoir tous leur trouver une place sur les étagères de mon futur appartement), je n'ai de cesse de les toucher, les feuilleter, les redécouvrir. Quelle ne fut pas ma joie quand j'ouvrai celui-ci pour y relire des notes que j'avais pu y laisser, au crayon de bois, preuve d'une volonté féroce de me glisser au plus profond des mots, d'en extraire jusqu'à la lie..

Voici un échantillon des notes que j'y ai inscrites : " Un roman avec des passages autobiographiques / comme le trilinguisme du héros-narrateur-auteur, les pseudos pour signer certains ouvrages / les échecs, les insectes pour Ada / la passion pour les bibliothèques / l'évocation de son professorat / ses voyages / une oeuvre corriace, complexe, trouble, rebutante par la difficulté à lire la syntaxe, à comprendre la multitude des jeux de mots, admirablement retranscrits, une subtilité "complexe", mais fantastique. "

medium_vladimir-nabokov.jpgOeuvre très riche, très dense, où l'on retrouve inextricablement liées les passions de Nabokov pour l'entomologie, son métier d'enseignant, l'innocence de la jeunesse. Mais surtout celle des mots, avec lesquels il joue sans aucune règle, dans plusieurs langues.

Et puis il l'a dit lui-même : " Ada est probablement l'oeuvre pour laquelle j'aimerais qu'on se souvienne de moi. "

 

 

Extrait :

" Un rai de lumière oblique entrait par la porte-fenêtre et projetait ses feux sur le verre à facettes empli d'eau teintée et sur l'émail de la boite de couleurs. Ada, cependant traçait d'un pinceau délicat un ocelle ou le lobe d'un labelle et dans l'extase de sa concentration la pointe de sa langue se retroussait sur la commissure de ses lèvres et, sous l'oeil du soleil, la fantasque aux cheveux bleus-bruns-noirs semblait à son tour, mimer l'ophrys miroir de Vénus. Or, sa robe légère et flottante était ouverte si bas sur le dos que chaque fois qu'elle cambrait la taille en remuant ses omoplates proéminentes (soit que, la tête inclinée sur le coté, le pinceau en équilibre, elle considérât son humide chef-d'oeuvre, soit qu'elle écartât d'un revers de poignet une mèche glissée sur sa tempe), Van, qui s'était approché de son tabouret aussi près que le permettait la prudence, pouvait apercevoir jusqu'au coccyx son ivoirine ensellure et respirer la chaleur entière de son corps.
Le coeur bondissant, la main lamentablement enfoncée dans la poche de son pantalon (toujours garnie par précaution dissimulatrice d'une bourse contenant une demi-douzaine de pièces de 10 dollars en or) il se penchait sur elle qui se penchait sur son ouvrage ; il permettait à ses lèvres altérées de glisser impondérablement de la tiède chevelure à la nuque brûlante. C'était la sensation la plus douce, la plus puissante, la plus mystérieuse qu'il eut jamais éprouvée. Rien dans les sordides véneries de l'hiver passé n'eut pu lui faire pressentir cette tendresse duveteuse, cette navrance du désir. Il aurait voulu s'attarder indéfiniment sur la rondeur exquise de la protubérance osseuse qui saillait au dessous de la nuque, si elle eut gardé la tête penchée indéfiniment, et si le pauvre garçon eut été capable d'endurer encore l'extase de ce contact sur sa bouche, devenue cire immobile, sans se frotter contre elle, dans un fol abandon. "

Commentaires

Superbe livre que je découvre en ce moment...je suis au premier quart (dans le cadre d'un master de Lettres) Je travaille sur Lolita et le cinéma mais il est bien dommage qu'Ada n'ai pas été adapté...

Écrit par : Clo | lundi, 12 novembre 2007

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