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lundi, 18 décembre 2006

Thérèse Raquin

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Récit d’une passion qui se heurte aux instincts primitifs, le drame de Thérèse Raquin se situe au coeur des préoccupations naturalistes. De nature emportée et de tempérament nerveux, Thérèse succombe à la puissance bestiale de Laurent, un ami de son mari Camille. Tous deux vivent une relation charnelle qui tourne au drame : les amants terribles tuent Camille au cours d’une promenade en canot. Ils échappent à la justice en faisant croire à l’accident et se marient, mais leur passion ne résiste pas au sentiment de culpabilité. Le remords, toutefois, est un sentiment bien humain : dans ce désordre des sens qui confine à la sauvagerie, le suicide leur apparaît comme la seule issue possible. Dix ans avant La Bête humaine, Zola signe peut-être, avec ce texte qui fut vivement critiqué lors de sa publication, son roman le plus noir.


Laurent, à partir de ce jour, revint presque chaque soir chez les Raquin. Il habitait, rue Saint-Victor, en face du Port aux Vins, un petit cabinet meublé qu'il payait dix-huit francs par mois ; ce cabinet, mansardé, troué en haut d'une fenêtre à tabatière, qui s'entrebâillait étroitement sur le ciel, avait à peine six mètres carrés. Laurent rentrait le plus tard possible dans ce galetas. Avant de rencontrer Camille, comme il n'avait pas d'argent pour aller se traîner sur les banquettes des cafés, il s'attardait dans la crémerie où il dînait le soir, il fumait des pipes en prenant un gloria qui lui coûtait trois sous. Puis il regagnait doucement la rue Saint-Victor, flânant le long des quais, s'asseyant sur les bancs, quand l'air était tiède.

 

La boutique du passage du Pont-Neuf devint pour lui une retraite charmante, chaude, tranquille, pleine de paroles et d'attentions amicales. Il épargna les trois sous de son gloria et but en gourmand l'excellent thé de Mme Raquin. Jusqu'à dix heures, il restait là, assoupi, digérant, se croyant chez lui, il ne partait qu'après avoir aidé Camille à fermer la boutique.

 

Un soir, il apporta son chevalet et sa boîte à couleurs. Il devait commencer le lendemain le portrait de Camille. On acheta une toile, on fit des préparatifs minutieux. Enfin l'artiste se mit à l'oeuvre, dans la chambre même des époux, le jour, disait-il, y était plus clair.

 

Il lui fallut trois soirées pour dessiner la tête. Il traînait avec soin le fusain sur la toile, à petits coups, maigrement, son dessin, roide et sec, rappelait d'une façon grotesque celui des maîtres primitifs. Il copia la face de Camille comme un élève copie une académie, d'une main hésitante, avec une exactitude gauche qui donnait à la figure un air renfrogné. Le quatrième jour, il mit sur sa palette de tout petits tas de couleur, et il commença à peindre du bout des pinceaux ; il pointillait la toile de minces taches sales, il faisait des hachures courtes et serrées, comme s'il se fût servi d'un crayon.

 

À la fin de chaque séance. Mme Raquin et Camille s'extasiaient. Laurent disait qu'il fallait attendre, que la ressemblance allait venir.

 

Depuis que le portrait était commencé, Thérèse ne quittait plus la chambre changée en atelier. Elle laissait sa tante seule derrière le comptoir ; pour le moindre prétexte elle montait et s'oubliait à regarder peindre Laurent.

 

Grave toujours, oppressée, plus pâle et plus muette, elle s'asseyait et suivait le travail des pinceaux. Ce spectacle ne paraissait cependant pas l'amuser beaucoup  ; elle venait à cette place, comme attirée par une force, et elle y restait, comme clouée, Laurent se retournait parfois, lui souriait, lui demandait si le portrait lui plaisait. Elle répondait à peine, frissonnait, puis reprenait son extase recueillie.

 

Laurent, en revenant le soir à la rue Saint-Victor, se faisait de longs raisonnements ; il discutait avec lui-même s'il devait, ou non, devenir l'amant de Thérèse.

 

 

 

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