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jeudi, 21 décembre 2006

Rue de Rivoli

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Rue de Rivoli

 

Rue de Rivoli
devant le Bazar de l’Hôtel de ville

un abominable sergent de ville

pousse une voiture d’enfant

avec un gros chien mort dedans

 

Et derrière eux courent des rats des villes et des rats des champs

Ils s’en vont tous vers la Bastille
le flic sanglotant

les rats longeant les murs

et le chien se vidant

 

Vacances voyages divertissements

 

Banale tragédie d’un jour entre les jours

fait divers

petit événement
Modeste héros d’une aventure caniculaire
le flic a une tête de pauvre pomme de terre arrachée trop tôt à cette terre
Il a des pieds d’une tristesse infinie

La misère convenable

s’est assise sur sa face

en relevant ses jupes
et sans payer sa place
Il a un furoncle sur son énorme cou

la mort dans l’âme
et un rapport au cul
Le brigadier a couché avec sa femme

alors il a vengé son honneur à coups de pied

dans le ventre d’un clochard arrêté

comme c’est l’usage
sur la voie publique
Et le clochard est tombé borgne
Et lui le malheureux à qui pourtant on avait porté préjudice a été blâmé
Il en a perdu son képi

et risque d’attraper une insolation

Sa tension est forte
Un gros caillot de sang monte et redescend comme un ludion
Il a aussi cassé ses trois meubles

il a frappé sa femme
et éventré son chien

Et maintenant il s’en va 

comme le Juif errant

Pourtant il est antisémite

il ne s’en est jamais caché

Où s’en va-t-il

Dieu seul le sait


Lui qui a créé toutes choses

et en particulier

les grandes Écoles de guerre

d’où l’on sort Officier de paix.  

 

Jacques Prévert, Spectacle

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