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mercredi, 27 décembre 2006

Déjà !

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DÉJÀ !


Hé quoi ?... Déjà ?... Amour léger comme tu passes!
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.


Un jour partira donc ta main apprivoisée!
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi? sans moi, quelque part, ton front continuera!
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.


Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
À la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’au’be et de la nuit?


Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle!
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.


La voilà donc finie alors la course folle?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah! Rosine, Rosine!


Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on?


Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui!
J’accepte. À ce signal séparons-nous ensemble...
Me voici seul ; l’hiver là... c’est bien... Nuit.
Froid. Solitude... Amour léger comme tu trembles!


Le Beau Voyage, Henry Bataille

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