Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 09 janvier 2007

Crime et châtiment

medium_crime_et_chatiment.jpg


Par chance pour lui, là encore, au portail, tout se déroula le mieux du monde. Bien plus, même, comme par un fait exprès, à cet instant, un énorme tombereau de foin était passé devant lui, un tombereau qui l'avait entièrement caché pendant qu'il traversait la porte cochère et, dès que le tombereau fut sorti du portail pour entrer dans la cour, lui, en un clin d'œil, il se glissa vers la droite. Là-bas, de l'autre côté du tombereau, on entendait quelques voix qui criaient et juraient, mais, lui, personne ne le remarqua et il ne croisa personne. Beaucoup de fenêtres qui donnaient sur cette énorme cour carrée étaient ouvertes à cet instant, mais il ne releva pas la tête - il n'avait pas la force. L'escalier de la vieille était tout près, tout de suite à droite en débouchant de sous le portail. Il était déjà dans l'escalier...

Il reprit son souffle, il appuya sa main sur son cœur qui battait la chamade, palpa tout de suite la hache, la redressa, et, prudemment, sans bruit, se mit à gravir l'escalier, l'oreille constamment aux aguets. Mais l'escalier aussi, à ce moment-là, était entièrement vide; toutes les portes étaient fermées; personne qu'il pût croiser. Au premier, certes, un appartement vide était grand ouvert, mais des peintres y travaillaient, et aucun d'eux ne regarda au-dehors. Il resta immobile un instant, réfléchit, reprit son chemin. «Bien sûr, ce serait mieux s'ils n'étaient pas là du tout, mais... il y a deux étages au-dessus d'eux.»

Mais voilà le troisième étage, voilà la porte, voilà l'appartement en face; celui qui était vide. Au deuxième, tous les signes le montraient, l'appartement qui était juste en dessous de celui de la vieille était vide, lui aussi: la carte de visite clouée à la porte avec de petits clous était enlevée - les gens étaient partis! ... Il haletait. Un instant, une pensée fusa dans son esprit: «Et si je partais?» Mais il ne se répondit pas et se mit à écouter l'appartement de la vieille: un silence de mort. Ensuite, il écouta une nouvelle fois en bas dans l'escalier, il écouta longtemps, de toute son attention... Ensuite, il regarda une dernière fois autour de lui, se reprit un peu, se redressa et, une nouvelle fois, il essaya la hache dans la boucle. «Est-ce que je ne suis pas... trop pâle? se sentait-il se demander, je ne suis pas trop agité? Elle est méfiante... Peut-être, attendre encore un peu... le temps que le cœur cesse? ...»

Mais le cœur ne cessait pas. Au contraire, comme par un fait exprès, il battait fort, plus fort, toujours plus fort... Il ne supporta plus, tendit lentement la main vers la clochette et il sonna. Trente secondes plus tard, il sonna à nouveau, plus fermement. Pas de réponse. Sonner pour rien ne servait pas à grand-chose, et puis, ce n'était pas naturel. La vieille, évidemment, était chez elle, mais elle était méfiante et seule. Il connaissait un peu ses habitudes... Il colla encore une fois son oreille sur la porte. Ses sensations étaient-elles si fines (ce qui, en général, était dur à imaginer), ou bien, réellement, entendait-on si bien, soudain, il distingua comme le froissement prudent d'une main devant la serrure, et comme le froufrou d'une robe juste derrière la porte. Quelqu'un, sans vouloir être remarqué, se tenait juste derrière la serrure, et, exactement comme lui, ici, à l'extérieur, ce quelqu'un écoutait, caché à l'intérieur, et, semblait-il, lui aussi, avait l'oreille collée à la porte...

Les commentaires sont fermés.