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mercredi, 10 janvier 2007

Le chasseur de têtes

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Et puis ses doigts se déplacèrent. Ceux de sa main droite s'écartèrent plus largement sur la vitre alors que ceux de sa main gauche se repliaient doucement, comme pour retenir quelque insecte fragile dont il aurait peur d'abîmer les ailes.

"Il est vrai, reprit-il, toujours de dos, que je ne peux pas mourir. Il est également vrai que je vis depuis toujours. Bien sûr, il y a vérité et vérité. Le ciel est bleu. Pour vous, il s'agit d'une vérité. Nous le savons tous. Mais qu'est-ce que le bleu, docteur Jung ? Et si la couleur bleue pour moi correspondait à la couleur verte pour vous ? Y avez-vous déjà songé ? Oh oui, affirmons-nous tous les deux, le ciel est bleu ; mais comment puis-je savoir si ce que vous voyez en bleu est aussi ce que je vois ? Alors, quand j'affirme : Je vis depuis toujours, comment vous faire comprendre ce que j'entends par là ? Après tout, il existe tant d'interprétations valides du mot toujours… N'est-ce pas ? Certains, par exemple, croient qu'ils vont passer instantanément d'une existence à une autre, vivre et mourir d'abord sous une première forme, puis une deuxième, etc., pour toujours. D'autres croient aux vampires, dont la vie est perpétuée par l'absorption du sang d'autrui. Mais je n'ai jamais été un renard, une libellule ou un arbre. J'ai toujours été moi –parfois un homme, parfois une femme-, mais toujours uniquement moi. Moi-même. Et je n'ai rien d'un quelconque monstre gothique terré dans un cercueil. Je pense que c'est assez évident. Vous n'aurez jamais à m'enfoncer un pieu dans le cœur, docteur Jung ; de toute façon, même si vous le faisiez, cela ne me tuerait pas. Rien ne peut me tuer. Rien. Pas même moi. Et je suis fatigué. Fatigué d'être captif de la condition humaine. D'être aussi éternellement humain. "

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