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samedi, 13 janvier 2007

Occupe-toi d'Amélie

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AMÉLIE. – C’est dégoûtant !

MARCEL. – Non, non !... Il faut être juste ! il m’a dit : « Occupe-toi d’Amélie ! », il ne m’a pas dit : « Surveille-la ! »

AMÉLIE. – Oui, mais il a dit : « Avec toi, au moins, je suis sûr d’elle !... » Ce qui revient au même ! Oh ! je me vengerai !

MARCEL, montrant le lit. – Oh ! Ça y est !... Ah ! et puis zut, aussi ! Est-ce que j’ai une gueule de tuteur !... Pour qui me prend-il ?... Pour un eunuque ?… Est-ce qu’il s’imagine que je n’ai pas un tempérament tout aussi bien que lui ?... Est-ce qu’il n’a pas couché avec toi, lui ?...

AMÉLIE. – Tout le temps !

MARCEL, redescendant jusqu’au pied du lit. – Eh !

ben, alors ?

AMÉLIE, comme lui. – Eh ben, alors ?

MARCEL, adossé au pied du lit. – Pffu !

AMÉLIE. – Pffu !

Ils restent un instant silencieux et préoccupés. Marcel, après quelques hésitations, tourne la tête vers Amélie qui le regarde en hochant la sienne ; Marcel, ennuyé, retourne la tête. Répétition du même jeu de la part de Marcel. Amelie répond par une petite moue et en faisant proutter ses lèvres.

MARCEL. – Oui, oh ! tout de même, c’est dégoûtant !...

AMÉLIE, hochant la tête. – Oui.

MARCEL, gagnant la droite. – On a beau se donner de bonnes raisons, tout ça n’excuse pas… ! (Remontant vers Amélie.) Un homme qui m’a donné un témoignage absolu de confiance ! qui m’a dit...

AMÉLIE. « Occupe-toi d’Amélie !... »

MARCEL. – Oui !... Oh ! Comment avons-nous pu en arriver là ? Sans même nous en rendre compte !

AMÉLIE. – Y’a de ces choses, dans la vie !...

MARCEL, s’asseyant (2) sur le lit près à Amélie. – Voyons, hier... hier soir, qu’est-ce qu’on a fait ?

AMÉLIE.– Comment, « ce qu’on a fait » ? Eh bien, on a été à la foire de Montmartre avec les copains : Bibichon et la bande.

MARCEL. – Oui... Ça, c’est net , dans ma mémoire…

AMÉLIE. – On a monté sur les cochons.

MARCEL. – Ah ! oui, les cochons ! ce qu’ils m’ont fichu le mal de mer ! ah ! cochons de cochons !

AMÉLIE. – Et on a lancé des serpentins !

MARCEL. – Comme tout foireman qui se respecte.

AMÉLIE. – Puis, on s’est baladé en faisant du chahut avec des masques en carton !...

MARCEL. – C’est idiot !... Et on a rigolé à faire peur aux gens, en les poursuivant avec des allumettes-feu d’artifice !

AMÉLIE, riant et imitant les allumettes-feu d’artifice. – Oui ! pschiii !

MARCEL. – Ah ! Ça te fait rire ! C’est stupide ! Non, faut-il en avoir une couche !... le soir !

AMÉLIE. – Après quoi, on a soupé à l’Abbaye de Thélème, après quoi on a resoupé au Rat mort ; après quoi, on est allé boire du champagne au Pigalle...

MARCEL. – Après quoi, pour les kummels à la glace, on est allé au Royal.

AMÉLIE. – Après quoi... ! après quoi... ! Ça devient plus vague...

Acte II, scène 1

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