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dimanche, 14 janvier 2007

Le Prix des libraires - 8

medium_riviere_du_loup.jpgLa rivière du loup, Andrée Laberge (XYZ)

"Je l'ai retrouvé recroquevillé dans un coin de la remise, son large corps secoué de sanglots silencieux, les mains refermées sur son sexe coupable taché de sang, mais de quel crime mon Dieu ? se tourmentait-il en se balançant de droite à gauche à droite, comme un pendule incapable de se remettre à l'heure, à cause de cette cassure dans le fil du temps qui le privait de souvenirs précieux et faisait un trou dans son histoire qu'il cherchait en vain à reconstituer pour faire taire cette angoisse de m’avoir abîmé et de se voir à jamais privé de ma garde si cette femme se mêlait d'assurer ma protection et mettait sa menace à exécution, «mon fils, mon fils» marmonnait-il en oscillant de plus belle, « papa, PAPA ! » ai-je répété en le secouant pour le forcer à sortir de son cauchemar et à fixer sur moi ses yeux jaunes qui se sont écarquillés d'hébétude puis refermés pour savourer sa joie de me voir vivant, tout comme ses bras velus qui se sont enroulés autour de mon cou pour m'écraser contre lui en expirant bruyamment son trop-plein d'amour paternel, tout en répétant comme un disque accroché «qu'est-ce que j'ai fait mon Dieu ? qu'est-ce que je t'ai fait ? pardon, pardon... je veux mourir si j'ai fait ça... je veux mourir...» et n'eût été de cette force brute que j'avais héritée de lui, décuplée par une envie de vivre que lui n'avait plus heureusement, je crois bien que j'y serais resté, mort étouffé dans son étau."

Rarement a-t-on vu — en fait, jamais dans notre littérature —, un roman où les relations père-fils atteignent ce niveau de fusion sans sombrer dans l'affrontement ou l'inceste. Un roman magnifique, d'une grande beauté formelle.

Librairie Pantoute

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