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mercredi, 31 janvier 2007

Histoire de la femme cannibale

medium_histoire_de_la_femme_cannibale.jpgPuis, à dater de ses vingt-six ans, de la naissance de sa fille, la maladie, sournoise et souveraine, avait triomphé. La graisse avait inexorablement interposé ses coussins adipeux entre elle et l’affection, l’amour, le sexe, toutes ces choses dont les humains ont tellement besoin pour ne pas finir déments. Peu à peu, son précieux organe s’était réduit à un couinement de souris qui fusait, incongru, pathétique, de sa gorge. Un jour de mars et le carême incendiait La Pointe, sa voix s’était définitivement éteinte sur un couac comme elle entonnait Adios, pampas mias. Elle avait été clouée pendant seize ans dans un fauteuil d’invalide, vingt-trois ans dans un lit dont ses chairs débordaient, aussi incontrôlables que les eaux d’un fleuve en crue. Quand la délivrance était survenue à soixante-cinq ans, Roro Désir, de l’Entreprise des pompes funèbres Doratour, « Confiez-nous vos morts, nous leur rendrons la jeunesse », lui avait confectionné un cercueil de quatre mètres sur quatre. Certains êtres ne sont pas bénis par la bonne chance. A leur naissance, des comètes furieuses zigzaguaient à travers le ciel, s’y cognaient, s’y bousculaient, s’y chevauchaient. Conséquence, ce désordre cosmique a influencé leur destinée et, dans leur vie, tout va de travers.

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