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dimanche, 25 mars 2007

La voyeuse interdite

C'est bien ce qui m'semblait. Je n'ai fait aucun compte rendu de "La voyeuse interdite" de Nina Bouraoui.. Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ?

medium_la_voyeuse_interdite.2.jpgElle voit, elle entrevoit, elle aperçoit au travers de la fenêtre les travers de la société dans laquelle elle vit. Elle obderve, à travers les interstices des volets la vie qui s'est arrêtée, dans ces corps vides d'humanité. Elle regarde. Elle n'a pas le droit.

Pas le droit d'être vue, non plus. Surtout pas. De l'extérieur, ni de l'intérieur. Surtout pas par son père. Femelle qui saigne, impure, elle ne mérite qu'indifférence, mépris, et même violence.

 


Pas le droit de se découvrir de l'intérieur non plus. Elle, le fruit pourri des entrailles de sa mère, enfant maudite, dont le sexe se cache à l'intérieur d'elle, tant il a honte d'être celui d'une femme. Elle retourne ce mépris contre elle, voudrait se déchirer les viscères, peut-être est-ce ainsi qu'on se purifie ?

Sexe vers l'intérieur, comme les racines que l'arbre retourne vers lui-même, privé d'attache, privé d'une place sur terre. L'homme a un tronc, bien ancré, bien attaché ; les hommes dans les rues n'hésitent pas à l'exhiber aux femmes qui osent encore sortir, comme pour leur rappeler que jamais, jamais elles n'auront la chance d'appartenir vraiment à cette Terre, à cette ville, cette rue.

Interdit de voir, de se voir, elle se coule dans le temps, s'écoule dans un présent intolérant, qui ne veut pas d'elle. Et son corps trop plein de sang s'écoule le long de ses jambes.

Obsédante féminité, cachée, voilée, meurtrie, enfermée à vie dans une destinée déjà finie. Enfermée dans son temps, sa condition, son corps, sa chambre, sa maison, sa vie.

Et le portrait d'Alger, Alger la belle, fleur qui se flétrit, de l'intérieur, dont les pétales, fanés, donnent peine à voir. Beauté déshydratée, en manque d'âme ; corps désabusés, femmes accrochées aux fils d'un ciel marionnettiste, obéissant à des lois bien trop masculines.

Ecriture dense, touffue, aussi dense que l'observation qu'elle a des choses. Concentrée, comme la vision qu'elle a de sa rue, entre les volets, jetée à notre figure, comme les coups sur son corps meurtri d'avance.

 

Note : 09/10

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