Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 11 avril 2007

Corpus eroticus

medium_spectacle_20Corpus2007-5.2.jpgArrivés dans la salle, Agent Ben et moi, ainsi que les 10 autres spectateurs, posons nos affaires sur les fauteuils. L'on nous invite sur la scène, derrière un rideau, qui cache un endroit plutôt étroit, intime, très intime.. L'étau se resserre.

Du rouge, pour nous accueillir. Et puis le noir des rideaux derrière lesquels on se glisse nous coupe du monde environnant. Un autre nous attend. Très privé.

Nous sommes répartis sur trois côtés d'un cube, chacun dans un "isoloir". Les petites lumières rouges s'éteignent. Nous plongent dans le noir.

Ambiance peep-show.


Mais ce n'est pas un strip-tease comme les autres auquel nous assistons. Le corps est déjà en partie dénudé. Ce qui se met le plus à nu, c'est l'âme de cette femme qui occupe l'espace confiné autour duquel nous regardons, nous "matons". Elle nous regarde, mais ne nous voit pas, miroirs sans tain, nous ne voyons aucun des onze autres visages. Seule la partie basse du corps est visible de tous. Les jambes. Tout contact n'est pas rompu.

La lumière se fait, donc, sur cette femme en lingerie rouge, bas noirs, talons aiguilles rouges. Accrochées en l'air, des jambes en plastique se reflètent à l'infini dans les miroirs. Etrange configuration qui nous permet de voir la comédienne sous tous les angles, même quand elle échappe à notre champ de vision direct. Mais jamais on ne la perd "d'ouïe". Elle imagine un dialogue avec Pierre, son amant, son mari, son compagnon de vie. Celui qui lui parle des courses qu'elle est censée avoir faites, quand elle ne rêve que d'une nuque inconnue. Nuque qu'elle pourrait suivre, et puis toucher, sans se préoccuper de savoir à qui elle appartient... Et puis ce jeune homme, à qui elle donne des cours de piano, sur la peau duquel elle jouerait bien quelques accords, également.

J'entends, derrière ses paroles, derrière ses fantasmes, la complainte d'une femme égarée entre désir et représentation, ne sachant plus si elle doit privilégier sa jouissance ou l'image qu'on a d'elle. Une femme qui improvise des dialogues "lyriques", "prosaïques", "cliniques", avec celui qui fait l'amour à son corps à elle, et plus à son âme. Surtout, elle devine, douloureusement, les répliques de Pierre.

Une femme qui oublie le "je", qui se cache derrière "elle", dans toutes ces femmes qu'on expose, qui posent, sexe ouvert en double page de magazines masculins. Pantins désarticulés, détaillés : on ne dit plus "une femme", on dit "quelle paire de fesses", "quelle bouche", et j'en passe, et des pires. Deux jambes, d'ailleurs, sont greffées de chaque côté du fauteuil dans lequel elle tente de se laisser aller, de laisser aller son corps vers un plaisir libre, libre de toute contrainte, de toute performance. Un plaisir "absolu". Mais Pierre ne comprend pas. Nous, ne comprenons pas, car elle nous parle, se plaçant devant notre "isoloir". Elle ne me voit pas, mais son regard me pénètre.

Et, incroyable, je sens le mien dans ses yeux. J'y vois un peu de moi. Il y avait de la place pour chacun des douze spectateurs, d'ailleurs. Chacun aura pu y retrouver une part de soi. Et peut-être pas la plus heureuse, ou la plus innocente.

Cette femme nous livre ses questions plus qu'elle ne s'en délivre. Face à son corps dénudé, c'est la douleur que je reçois d'abord, c'est la faille, que je trouve beaucoup plus crue que ses "appâts" qu'elle fait onduler, tanguer, rouler au sol. Un corps dont elle aimerait se détacher, un corps devenu prison dans ce monde "pornographé" de partout.

Il y a encore à dire, assurément. Mais j'abandonne la parole pour écouter, encore, ce corps qui parle. Chuuuut... Vous entendez, vous aussi ?

 

Sophie, quelque chose à ajouter ? :-)

 

Les commentaires sont fermés.