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mercredi, 18 avril 2007

Sans fil

medium_sans_fil.2.gifPrésentation de l'éditeur
Quatre protagonistes en pleine crise. Sara, récemment quittée, et sa fille Rosa règlent leurs comptes avec cet homme absent. Claudia, femme autoritaire, a substitué le travail à l'amour en assujettissant l'existence de Jan. Ces quatre destins vont se croiser à l'aéroport, cible d'un attentat terroriste. Si le sujet est grave, Sergi Belbel le traite sur le mode de la comédie. Par téléphones portables interposés, la communication est cahotante, les relations évoluent vite : on se parle ou on tente de le faire, en direct ou par messages, l'écran du mobile montre autant qu'il cache. Quoi de plus pratique qu'un sans-fil pour braver les non-dits et faire tomber les masques ? Avec cette " comédie téléphonique et digitale ", l'auteur de Après la pluie propose une nouvelle pièce brillante où des situations du quotidien, en apparence anodines, révèlent le grotesque et la gravité des relations humaines.

 


Extrait du livre :
Scène 3 [1]

Un aéroport. Dans un coin, Sara, son portable à la main, n'arrête pas de se déplacer de façon ridicule pour chercher la meilleure couverture. Elle finit par la trouver, après avoir testé quatre ou cinq positions. Elle appuie sur quelques touches. Elle parle en hurlant presque, prend à peine le temps de respirer.

Sara.- Allô ! Allô ! ! ! C'est moi ! ! Oui ! Hein ? Quoi ? Je parle trop fort ? ! Mais je t'entends à peine ! Non, je voulais seulement te dire que... regarde un peu l'heure qu'il est... figure-toi que je suis toujours à l'aéroport... Non, le train est arrivé à l'heure. Si, si, je t'assure, ma chérie, très bien, ponctuel, propre, très agréable, parfait ! Mais une fois dans l'aéroport, là... quel binz ! Je te raconte pas la queue pour enregistrer ma valise ! Et qu'est-ce que les gens sont mal élevés ! Je préfère ne pas t'en parler, après tu vas me dire que je vois tout en noir, que je passe mon temps à me plaindre ! Mais j'ai des raisons de me plaindre, figure-toi ! Mon avion a sept heures de retard ! sept heures, tu m'entends ? sept heures ! Alors je me suis demandé : qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant sept heures dans cette saleté d'aéroport ? Et je l'ai demandé tel quel à une jeune femme en uniforme, tu sais, tellement belle qu'on aurait dit un mannequin, jolie comme tout, avec des cheveux longs et blonds et brillants, et puis des yeux couleur miel en forme d'amande géante, belle comme un coeur, une vraie poupée, bref, tu sais ce qu'elle me répond ? «Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, madame, vous croyez que ça m'amuse de devoir tous vous supporter à longueur de journée ?» Parfaitement, et avec une voix de crécelle par-dessus le marché, elle m'a dit ça mot pour mot : «Vous croyez que ça m'amuse de devoir tous vous supporter à longueur de journée ?» On aurait dit un travesti ou un camionneur et alors là, moi, tu sais ce que je lui ai dit, ma chérie ? Tu veux que je te le dise ? Eh bien je me suis approchée d'elle et je lui ai dit, comme ça : «Écoutez-moi bien, ma petite, vous êtes l'une des femmes les plus belles que j'aie jamais vues dans ma vie, mais c'est pas ça qui va vous empêcher de vous faire larguer ni une ni deux le jour où vous allez dire "je t'aime" à un homme, parce que vous avez une voix affreusement désagréable et en plus vous puez de la bouche !» Ha ha ha ! Et je lui ai dit bien fort, HAUT ET FORT ! POUR QUE TOUT LE MONDE PUISSE ENTENDRE DANS LA QUEUE : «VOUS PUEZ DE LA BOUCHE !» Hi hi hi !

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