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mercredi, 25 avril 2007

Entretien avec un banquier

Situons la scène… un appartement en ville, deuxième étage, trois pièces, un grand séjour.

Dans le séjour, près de la fenêtre, une jeune femme, confortablement installée dans un fauteuil aux accoudoirs déjà élimés, acheté à crédit et pas encore fini de rembourser, lit tranquillement le dernier best-seller trouvé à la librairie, histoire de rester « in », pense-t-elle…

Dans la cuisine, un homme, ça tombe bien, il vit maritalement avec elle depuis quelques années déjà… attendez.. trois, oui, c’est ça, trois ans, déjà.. comme le temps passe… Il boit son café, accoudé au rebord de la fenêtre, le regard perdu dans son café à peine tiède maintenant, bah oui, ça fait quand même dix minutes qu’il est là à se demander quand il va enfin lui faire sa demande.. « Ca s’fait au bout de trois ans, non ? tous mes collègues ont franchi le pas.. même Philou, qui se dit rebelle, vient de s’engager… »


« Allez mon vieux, prend ton courage à deux mains, mais pose ta tasse d’abord… tu vas encore faire un malheur… »

Il jette le café refroidi dans l’évier, range la tasse dans le lave-vaisselle (eh oui, c’est un homme d’intérieur hors pair…), se dirige vers le salon non sans se rendre compte d’une moiteur aux extrémités de ses bras.. le trac sans doute…

Arrivé près du fauteuil, sans n’avoir plus aucun contrôle de ses membres inférieurs, il s’agenouille, lui prend la main…

Elle, les yeux embués de bonheur, « Ooooh ! ça y est ! c’est le grand jour ! il va ennnnfin me faire sa demande, celle que j’attendais depuis si longtemps !! Oh mon Dieu… vite ! Oui ! Oui, Oui !! »

«   -     Chérie…

-         Oui ?

-         J’ai… quelque chose de très important à te demander… (important tu m’étonnes, tu parles d’être original ! un gamin de 6 ans n’aurait pas fait pire !)

-         Euh….euh…(eh oui, l’émotion rend vite les gens « heuheusants »), je t’écoute…

(bon, mon vieux… allez, courage… dans le pire des cas… y a toujours une solution de rechange, hein, faut pas s’laisser impressionner, c’est juste un cap à passer) Voilà…je voulais te demander ce que tu faisais ces 25 prochaines années ? (ahhh, là y a un effort de fait, ça commencerait à devenir intéressant…et puis 25, c’est pas mal déjà non, vu l’époque dans laquelle on vit..)

-         (interloquée, bah oui elle s’attendait sûrement pas à cette formulation, c’est ça de s’enliser dans une vie banalisée… on a des conduits auditifs bien conditionnés, habitués à de belles formules toutes faites, prêtes à l’emploi, un « pack-conversation quotidienne », mais l’émotion est toujours là ) Mmmh, rien de précis, non..

-         Alors ça tombe plutôt bien ça…(bah il reprend de l’assurance on dirait, fier de sa réplique et de l’étonnement sur le visage de l’aimée). Voilà, ça fait un p’tit moment que j’y pense, que j’y réfléchis, sans arrêt, même au boulot, les collègues d’ailleurs se moquent de moi, ils m’appellent « l’astronaute », toujours la tête dans les étoiles ! (il déglutit, difficilement, une légère douleur à l’estomac, mais ça, ça doit être en rapport avec les deux cafetières qu’il s’envoie chaque jour). Allez je me lance : Chérie, voudrais-tu… ouvrir un plan d’épargne retraite avec moi ? »

Et bblllaaaaaaaaammm !!!

Ah bah ça pour une demande, c’est une demande !!

Eh, imaginez dans 10-15 ans, les mariages se célèbreront devant un « banquier-conseiller-financier-patrimonialo-conjugal »…(7 ans d’études quand même !) ; à la place des alliances, chacun devra être muni d’un stylo, à encre noire de préférence. La future, au lieu de porter un objet ancien, un neuf, et un bleu, devra surtout se munir de sa pièce d’identité, d’un justificatif de domiciliation, et surtout, oui, surtout, de sa mère, qui se portera garante.. Vous n’avez pas oublié vos 12 dernières fiches de paie j’espère.. ah bah quoi ? vous ne pensiez tout de même pas vous engager pour 25 ans si vous n’avez pas d’boulot ! Non mais, on aura tout vu, y a des gens comme ça, qui manquent pas d’air quand ils manquent du reste…Ils en viendraient à se plaindre en plus !

Au lieu de prononcer le « Oui » tant attendu de l’assemblée, vous prendrez soin de signer en bas à droite, là, oui.. ici ! et surtout appuyez bien, il y a un double en carbone dessous..

Quand vous sortirez de l’établissement, à la place du riz les autres employés vous jetteront les confettis de tous vos anciens plans d’épargne, ah bah oui, vous pensiez quand même pas que vous alliez pouvoir continuer à mettre vos œufs dans différents paniers tout de même ! C’est pas une coopérative ici monsieur.. ( ouais, bah ça nous dit pas ce que c’est alors…)

Et puis… vous avez signé… !!

Commentaires

ca l'fait :)

Écrit par : Art | samedi, 05 mai 2007

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