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samedi, 05 mai 2007

Les lois de la gravité

medium_gravite.jpgC'est l'histoire d'un flic qui voulait finir sa journée sans histoire.

C'est l'histoire d'une femme qui veut se constituer prisonnière pour le meurtre de son mari commis il y a presque dix ans.

Deux histoires qui se croisent, l'espace de quelques heures, dans le bureau d'un commissariat.


Gilles, il peut pas en croire ses yeux, ni ses oreilles. C'est bien la première fois qu'une personne vient se dénoncer la veille de la date de prescription. Car demain, la "coupable" ne pourra plus être inculpée. C'est la loi. Il comprend pas, Gilles, pourquoi cette femme, qui s'est enfermée dans une vie conjugale pourrie tient maintenant, 10 ans après, à se faire enfermer pour s'être libérée d'un calvaire. Un mari violent, dépressif, alcoolique, qui menace de se suicider, sur le balcon... Elle a juste avancé les bras, l'a juste aidé.. à tomber, sur la dalle en béton du parking. Le crime parfait, puisqu"à l'époque, la police avait conclu au suicide. C'était pas la première fois, c'était plausible.

Alors il va tout faire pour gagner du temps, Gilles. Il va faire parler la "criminelle", en attendant les "fatidiques" douze coups de minuit. Il l'écoute, il veut en savoir plus, comprendre. Pendant ce temps, au moins, il ne pense pas à la sienne, de vie, qu'il traîne comme une épave". Il se dit que, peut-être, il pourrait faire quelque chose de bien pour elle, et faire comme si elle n'était jamais venue le voir, lui. Mais elle est là, bien décidée à être condamnée, encore une fois.

Seule l'incarcération physique semble  pouvoir la délivrer de cette écrasante culpabilité, libérer son âme, endolorie depuis toujours, semble-t-il.

Il raconte un peu sa vie, Gilles, il parle de son boulot, comme "elle" parle de son mariage : "j'y suis entré très peu par vocation et maintenant j'y reste surtout par lâcheté, parce que je ne suis pas capable de faire autre chose".

Cette femme, on ne la désigne jamais par son nom, on ne veut pas la nommer, car sinon, le dossier est ouvert, la procédure enclenchée. On ne pourra plus faire machine arrière. Comme si l'anonymat permettait de garder une distance, de ne pas s'impliquer. La justice, elle, a un nom. Et n'a pas le droit de rester aveugle : "un oeil qui acquitte, l'autre qui condamne.. La place de Gilles est entre ses deux yeux.".

Il étouffe, Gilles, dans son bureau, dans sa vie, dans toute cette misère humaine.

Un face à face servi par des phrases simples, mais retentissantes, "comme les talons du mari claquant sur la dalle en béton du parking". Et par une poésie, propre à Jean Teulé, qui pose une ambiance, une émotion, en quelques mots seulement : "les mots quittent sa bouche, doux et tristes, comme un souvenir qui passe" ; "des étoiles plein la gorge, Gilles renifle les mots de parfum qu'échangent entre eux les arbres et la fade exhalaison de la vie qu'on traîne".

Un chant discret, mais puissant, de ce désespoir qui colle au destin des "petites gens"...

8/10

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