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jeudi, 28 juin 2007

Caresse de rouge

fa6be0b0648ff4a00ff1e640951909ac.jpgFélix doit constater les dégâts causés par un incendie dans l'appartement d'un de ses clients. Les locataires, une jeune femme et son fils, ont disparu peu avant que le feu ne dévore leur intérieur. Quelqu'un les a vus partir, s'enfuir, il ne peut pas bien dire. Ce qu'il peut certifier, c'est qu'ils n'avaient aucune affaire avec eux.

Cela lui fait penser à Marie, qui elle aussi est partie sans ses affaires, sans son fils, qui lui a laissé, une fois qu'elle a eu suffisamment materné. Elle lui avait dit, d'ailleurs, quand Colin est né, qu'elle le lui rendrait plus tard, qu'elle le lui "donnerait". C'est ce qu'elle a fait.

Alors Félix a dû improviser.


Et puis Marie est revenue. Tout a recommencé. Enfin non. Tout s'est arrêté. Sauf la voiture qui a renversé Colin. Et bouleversé le coeur de Félix à jamais.

Alors, pour commencer son deuil, il se souvient. L'absence de Colin le ramène à celle de Marie, à ce qu'il a fait pour la combler comme il pouvait. Trop, peut-être. Il avait déjà du mal à se positionner en tant que père, n'ayant pas connu le sien. Mais jouer le rôle de Marie ? Pas simple. Cela dit, c'était l'occasion de se fuir. Alors, pas de demi-mesure. Félix revêt littéralement la panoplie maternelle, allant jusqu'à se composer une garde-robe digne de la meilleure des mamans. Le jour c'était Félix, le soir, pour Colin, c'était Marie. Colin n'était pas dupe, ce qu'il voulait, c'était la part de féminité qui sommeillait en son père, une illusion par laquelle il ne se laissait pas totalement bercer. C'était surtout un refuge. Une compensation. Félix, lui, ne pensait pas se prendre autant au jeu, au piège. Il s'est même plu à penser que Marie était là, quand il se voyait dans le miroir...

Il retourne sur les lieux du bonheur, aussi. Surtout ne pas les fuir. Car "aujourd'hui, le souvenir de Colin est comme des morceaux de verre dont les marées ont émoussé le tranchant. On les retrouve sur le sable au milieu des coquillages, doux et lustrés, pareils à du velours. Ils ne blessent plus. Ce n'est pas souffrir que de les retenir entre ses doigts, de les examiner longuement, de les passer même contre ses joues..."

Mais à trop remanier ses souvenirs, Félix se perd, même dans son canapé, devenu trop grand, car vide de son enfant. Il fait le ménage dans cette penderie si particulière, revoit ce corps déguisé, l'esprit travesti, le coeur schizophrène. A ces moments-là, il aimait, pensait aimer Colin comme une mère. Mieux qu'il ne savait le faire en tant que père. Troublant. Au point de préférer, de plus en plus, se "réfugier" dans ces vêtements.

Quand Marie revient, il se sent privé du rôle principal sur la scène de leur vie à deux, à Colin et à lui. Amputé d'une partie de soi. Qui est-il, maintenant ? Comment composer encore une autre vie ? La vie avec Marie, avec Marie et Colin, avec Colin sans Marie, et maintenant ? Sans Marie et avec Colin à mi-temps ? Pourra-t-il se contenter d'une "simple" vie ?

Note : 9/10

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