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lundi, 06 août 2007

L'invitée (Simone de Beauvoir - 3)

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"Elle franchit la petite porte de fer qui fermait l'entrée des artistes, et s'avança jusqu'au milieu du terre-plein. Tout autour de la place, les maisons dormaient, le théâtre dormait ; un seul de ses carreaux était rose. Elle s'assit sur un banc, le ciel brillait noir au-dessus des marronniers. on se serait cru au coeur d'une sous-préfecture tranquille. En cet instant, elle ne regrettait pas que Pierre ne fût pas auprès d'elle, il y avait des joies qu'elle ne pouvait pas connaître en sa présence : toutes les joies de la solitude ; elle les avait perdues depuis huit ans, et parfois elle en éprouvait comme un remords. Elle se laissa aller contre le bois dur du banc ; un pas rapide résonnait sur l'asphalte du trottoir ; sur l'avenue un camion passa. Il y avait ce bruit mouvant, le ciel, le feuillage hésitant des arbres, une vitre rose dans une façade noire il n'y avait plus de Françoise ; personne n'existait plus nulle part.
Françoise sauta sur ses pieds ; c'était étrange de redevenir quelqu'un, tout juste une femme, une femme qui se hâte parce qu'il y a un travail pressé qui l'attend, et ce moment n'était qu'un moment de sa vie comme les autres. Elle posa la main sur la poignée de la porte et elle se retourna le coeur serré. C'était un abandon, une trahison. La nuit allait engloutir à nouveau la petite place provinciale ; la vitre rose luirait vainement, elle ne luirait plus pour personne. La douceur de cette heure allait être perdue à jamais. Tant de douceur perdue par toute la terre. Elle traversa la cour et monta l'escalier de bois vert. Ce genre de regret, elle y avait renoncé depuis longtemps. Rien n'était réel que sa propre vie."

Commentaires

Argh ! Tu choisis Simone juste quand j'ai pas le temps de lire !
Tant pis, j'irai fouiller dans les archives quand je pourrais...
Klem
Mathilde

Écrit par : mathilde | lundi, 06 août 2007

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