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mercredi, 19 septembre 2007

Cet extrême amour

Une jeune écrivaine corrige et rehausse le niveau de certains manuscrits afin de gagner sa vie. Il faut bien donner une contenance au personnage. Seul le fait d'écrire a son importance. Elle sera conviée pour une interview, où elle n'aura rien à dire. Un des autres invités est un directeur d'agences de pub. Il deviendra son unique direction, à elle. Pour les trois années à venir.

C'est juste l'histoire d'une passion dévorante, au sens propre du terme : "Qu'il me bouffe, qu'il m'avale, jusqu'à la dernière phalange." De toute façon elle n'a plus besoin de ses doigts, elle n'écrira plus jamais, malgré les exhortations de son entourage, sa mère, son ancienne meilleure amie. Elle s'en passerait bien, de son entourage. Elle se passe même assez bien de tout ce qui ne contient pas Loïc. Elle savoure le manque occasionné par l'absence quotidienne de cet homme qu'elle attend, chaque soir, l'oeil collé au judas.."Je ne vivais plus que pour Loïc. J'avais besoin de le voir partir chaque matin, en retard. J'avais besoin de l'imaginer quand il n'était pas là. Le soir, je comptais les minutes qui me séparaient encore de lui, j'écoutais l'ascenseur, je scrutais le palier par l'oeilleton jusqu'à ce qu'il apparaisse enfin. Le temps passait, mais nous n'en savions rien."


Plus rien ne compte que l'instant, l'attente de l'instant pendant laquelle savouer le dernier baiser jusqu'au prochain. Les heures sans lui ne servent à rien d'autre qu'à penser à lui. Sa vie avant lui n'existe plus, sa vie à venir n'est faite que de lui, d'eux. "Il n'a pas faim. On se parle, on se couche, on se caresse, on se rejoint, on s'agite, on s'endort. On est déjà demain." Elle se défait de toutes ses attaches, elle libère le plus grand espace possible en elle pour y mettre encore un peu plus de lui. Et non ! Elle n'écrira plus, elle l'a déjà dit. A quoi bon ? Tous les mots, les romans du monde sont écrits par leur amour, dans leur amour. Tout est là, dit, vécu, ressenti. "Je n'achèterai pas de cahier, je n'écrirai plus une phrase jusqu'à la fin de mes jours. Je préfère Loïc, et cette sensation de vide quand il n'est pas là. J'aime ces pleins et ces déliés. Notre vie ne laisse pas de trace, le présent l'efface au fur et à mesure."

Quarante mois de bonheur pur, d'amour fou, d'oubli de soi. Et puis, l'attentat. Loïc ne reviendra pas ce soir, ni demain. Elle l'attendra, les jours suivant l'enterrement. Enfin, elle écrira. Loïc n'est plus là, le présent n'efface plus rien, leur histoire gardera une trace. Il faut combler les instants vides de lui, qui sont de plus en plus nombreux, de plus en plus longs.

Il l'avait surnommé "paparazzi", avec sa manie de le flasher sans arrêt. C'est avec les mots qu'elle redessinera les contours de son visage, les contours de leur histoire.

Un roman court, efficace, écrit avant Histoire d'amour et Asiles de fous, et qui nous montre un Jauffret plus sensible, dans la peau d'une amoureuse transie jusqu'à la moelle. Saisissant contraste.

Note : 7/10

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