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jeudi, 25 octobre 2007

Mémoires d'un jeune homme dérangé

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Je me suis acheté un fusil à canon scié. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J e suis incapable de me servir de cet engin et je ne vois pas pourquoi j'en aurais besoin : je suis naturel plutôt calme et mes ennemis se comptent sur les doigts d'une main. De plus ce truc m'a coûté une fortune. Mais je le regarde il est joli.

Il arrrache la tête d'un être humain à cinquante mètres.

Nous restions dans notre lit, nous nourrissant exclusivement de foie gras et de Coca Cola (l' anorexie est un hédonisme), regardant les vidéos-clips à la télévision jusqu'à la fin des émissions. Ils nous arrivait aussi de manger des pistaches mais cela me donnait des aphtes. Quoi d'autre? Nous apprenions par coeur les dialogues de Michel Audiard, volions les verres dans les soirées, roulions vite en écoutant Cat Stevens, Peau d'Ane de Michel Legrand, Sarah Vaughan, pensions que rien ne pourrait nous arrêter, qu'on pouvaient être heurux impunément. Nous n'avions pas encore lu E.M Cioran: nous étions adorable.

La chatte nous réveillait pour son déjeuner. J'aimais bien la clarté de nos relations: L'amour en échange de la bouffe. Nos rapports s'établissaient sur des bases sûrement plus saines que chez la plupart des êtres humains. A peine lui tendais je son assiette que le ronronnement s'enclenchait: DONNANT DONNANT.

J'étais de bonne humeur, j'avais horreur de ça. N'importe quoi me faisait sourire et je n'arrêtais pas de remplir mes poumons d'air frais. J'ai même eu les larmes aux yeux en regardant un soap opéra. La joie de vivre ne m'a jamais réussi. Reiser disait que les gens heureux le faisaient chier. Je partage cette opinion, tant pis s'il en est mort.

   Anne m'apportait des croissants et , même si je ne ronronnais pas, je n'en pensais pas moins.Puis c'étaient des baisers sur ses yeux dans chaque pièce de l'appartement et des déclarations d'amour surtout dans la chambre à coucher. A partir du moment où Anne était vraiment la plus jolie fille sur terre, pourquoi le lui cacher?

   Nous étions si mignons. Nous buvions de la Williamine. Ou bien nous sabrions le champagne dans le port de Socoa: Du Moët et des mouettes. J'avais de la chance, Anne tolérait mes calembredaines.

Ainsi passa beaucoup de temps e je sortais de moins en moins.

Quand on aime, on ne compte pas. Si: On compte les jours et les heures, parfois les minutes.

Anne ne m'a pas donné de nouvelles pendant deux jours et j'ai vielli de dix ans. J'ai surveillé le téléphone, démonté le téléphone, remonté le téléphone. J'aurai pu passer mon C.A.P de téléphonicien. Anne a fini par venir. Son père était hospitalisé.

Je n'ai même pas pu l'engueulé!

Extrait de "Mémoires d'un jeune homme dérangé" de Frédéric Beigbeder édit: La table ronde, Paris 1990.

Commentaires

Une étrange relation, des mots forts. Jusqu'au bout d'une ertaine folie. Folie amoureuse? Folie introspectrice?
Des questions qui s'alimentent au fur et à mesure des pages qui se tournent.
(j'ai pas mal de retard à rattraper par ici), mais j'aime toujours autant tes posts littéraires. Tiens une petite idée...
Bien à toi.

Écrit par : Ambroise | vendredi, 26 octobre 2007

Merci chère Ambroise, pour cette fidélité malgré les sempiternels aléas électroniques.
Merci également pour le compliment, que je partage avec l'AgentBen, qui collabore activement à ce blog depuis quelques mois maintenant.

Tiens bien ta petite idée, j'ai hâte d'en découvrir les prémices...

Bien à toi

Écrit par : absolu | vendredi, 26 octobre 2007

Les commentaires sont fermés.