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mercredi, 07 novembre 2007

Huis clos

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ESTELLE
Chante, Inès, chante!
Inès
Le beau couple! Si tu voyais sa grosse patte posée à plat sur ton dos, froissant la chair et l'étoffe. Il a les mains moites; il transpire. Il laissera une marque bleue sur ta robe.
ESTELLE
Chante! Chante! Serre-moi plus fort contre toi, Garcin; elle en crévera.
Inès
Mais oui, serre-la bien fort, serre-la! Mêlez vos chaleurs. C'est bon l'amour, hein Garcin? C'est bon l'amour, hein Garcin? C'est tiède et profond comme le sommeil, mais je t'empêcherai de dormir.
ESTELLE
Ne l'écoute pas. Prends ma bouche; je suis à toi tout entière.
Inès
Eh bien, qu'attends- tu? Fais ce qu'on te dit, Garcin le lâche tient dans ses bras Estelle l'infanticide. Les paris sont ouverts. Garcin le lâche l'embrassera-t-il? Je vous vois, je vous vois; à moi seule une foule, la foule. Garcin la foule, l'entends-tu? (Murmurant) Lâche! Lâche! Lâche! Lâche! En vain tu me fuis, je ne te lâcherai pas. Que vas tu chercher sur ses lèvres? L'oubli? Mais je ne t'oublierai pas, moi. C'est moi qu'il faut convaincre. Moi, Vens, viens! Je t'attends. Tu vois, Estelle, il desserre, son étreinte, il est docile comme un chien... Tu ne l'auras pas!
Garcin
Il ne fera donc jamais nuit?
Inès
Jamais.
Garcin
Tu me verras toujours?
Inès
Toujours.
Garcin abandonne Estelle et fait quelques pas dans la pièce. Il s'approche du bronze
Garcin
Le bronze...(il le caresse) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent...(il se retourne brusquement)
Ha! vous n'êtes que deux? Je vous croyais beaucoup plus nombreux. (il rit) Alors c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru...
Vous vous rappelez: le soufre, le bûcher, le gril... Ah! quelle plaisenterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.

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