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lundi, 19 novembre 2007

Alabama Song

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 S'il y a de bonnes années pour les vins, il en est  de même pour le prix Goncourt. Parfois décevant, et fade, le Prix Goncourt 2007 est un grand cru:"Alabama Song "est un très bon roman. Son auteur Gilles Leroy qui n'en est pas à son premier roman (auteur de machines à sous Prix Valery Larbaud 1999, L'amant russe en 2002) signe un grand roman.

Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy réalise le tour de force de se mettre dans la peau de Zelda Sayre (écrivain et peintre) la célèbre femme du grand écrivain américain Sott Fitzgerald auteur du mythique roman Gabsy le Magnifique.

On peut dire que ce couple fut l'un des tout premier couple "people" de l'histoire des Etats Unis, un véritable mythe dans les années folles, un modèle à copier pour le New York mondain et artistique des années vingts. Mais ce couple  passera aussi de la gloire à la déchéance la plus dure en une vingtaine d'années.  Car derrières les frasques et les paillettes se cachent souvent des blessures secrètes...des vérités non dites,derrière la réussite sociale beaucoups de sacrifices et de malheurs.

L'écriture de Gilles Leroy se fait somptueuse pour décrire les "Up and Down" de la vie de Zelda. Le récit de Zelda à la première personne daté mais non chronologique,  fait que l'on passe d'une période de bonheur, à quelques pages plus loin aux drames de la vie de Zelda, ce qui souligne le contraste entre la  joie et la douleur et  donne un caractère boulversant à la confession.

 L'histoire de Zelda, c'est l'histoire d'une jeune femme de la grande bourgeoisie "rustique" de L'Alabama dont l'avenir est tout traçé par un père juge qui la voit déjà se marrier et faire des enfants  à un petit bourgeois de la contrée. Mais Zelda rêve d'aventures et son caractère enjouée fait qu'elle tombe amoureuse de l'originalité d'un beau Yankee, qui se présente à elle comme le futur "plus grand écrivain des Etats-Unis": Scott Fitzgerald. Mise en garde par ses parents qui n'accepte pas de la voir partir avec ce fils de "bon à rien" (le père de Scott avait fait de mauvaises affaires dans les savons) qui la ménera à la déchéance.  Zelda suivra Scott pour le meilleur comme pour le pire, elle l'épouse alors qu'il est ivre en la cathédrale Saint Patrick sur la cinquième avenue de New York, sa famille n'est pas là et l'a déjà reniée... qu'importe comme elle le dit "Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La futur fiancée du futur grand écrivain. Du jour où je l'ai vu, je n'ai cessé d'attendre. Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui..."

Ce roman est la confession  du drame  personnel d'une femme-rebelle et muse d'un grand écrivain dans un milieu artistique des années vingt très machiste. Un roman sur les conditions de la création artistique, et les déchirements d'un couple myhique.

Gilles Leroy a réussi à donner une profondeur d'âme et une force de caractère de plus en plus forte au fil des pages  à Zelda Sayre dont ce livre  lui rend un vibrant Hommage. 

Extraits:


 EXTRAIT 1:

"Sur la joue, jeunes mariés? Etes-vous bien sûrs? "ironisait l'évêque.

Ce matin-là, Scott avait une haleine de bourbon à vomir, et nous nous sommes considérés sans nous embrasser, Scott a ri parcequ'il devait bien faire l'homme et que, là, vraiment faire l'homme était trop absurde pour lui, alors il nous a toisés, l'évêque et moi: "Ok, je me prosterne." Et quand il a été à genoux, il a soufflé: "Je te hais comme un mec. Je t'adore comme un mec."

"Amen!" hurlait la nuée dans la cathédrale Saint Patrick. "Dieu bénisse cette union!" a clamé l'évêque. La nef vibrait de rires, mes tympans bourdonnaient sous les applaudissements, le vertige me prenait.

Sur le perron, ls flashes des photographes achevèrent de m'étourdir. Ce n'étais rien encore. Juste le début ému, brouillon et tâtonnant- Les prémices d'un aveuglement supérieur. Le ciel sur la Cinquième avenue n'étais pas tendre non plus: Blan-gris, blanc sale, métallique et blanc comme le néant.

Extrait 2:

Scott, hâbleur, le soir où nous nous sommes rencontrés: "La seule hygiène de vie qui vaille, c'est l'excès, l'extrème. C'est se consumer avec panache en donnant tout de soi parceque cette Grande Guerre de Civilisation, cette boucherie du Vieux Monde nous tuera tous, sans discernement."

Je n'étais qu'une péquenaude -de luxe, mais pécore tout de même. Lui, tout déclassé qu'il était, venait du nord, de chez les gens civilisés, mystérieusement froids et élégants- même les plus modestes d'entre eux.

Le docteur Martha Kieffer a posé à Scott un double ultimatum:1) qu'il arrête de boire; 2) qu'il suive une thérapie avec elle. C'est à ces deux conditions qu'elle continuera de me soigner. Sinon elle me relâche.

J'ai appris ce soir que j'étais transférée demain dans une clinique de Beacon, New York.

Les médecins ont déroulé un tapis rouge, ma chambre croulait sous les fleurs. La consigne avait été donnée à tout le personnel, sous peine derenvoi immédiat, de na pas l'aborder, de ne pas LE prendre en photo. Tant de vedette viennent ici, et des gosses de millionnaires. Le personnel connaît la musique. Des piscines, des courts de tennis, des appartements particuliers avec gouvernante personnelle.

Cet asile écrase tous les palaces que j'ai connus et je me dis: Qu'elle chose absurde, tout de même, que Scott se ruine pour me faire taire, alors qu'il lui aurait suffi de me laisser avec l'aviateur pour être débarrassé de moi.

...Je vois bien que je perds, combat après combat. Zelda, ta rime est pauvre, et c'est Berezina.

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