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mercredi, 21 novembre 2007

La chute

buvez avec moi, j'ai besoin de votre sympathie.

Je vois que cette déclaration vous étonne.

N'avez vous jamais eu subitement besoin de sympathie, de secours, d'amitié? Oui, bien sûr. Moi, j'ai appris à me contenter de la sympathie. On la trouve plus facilement, et puis elle n'engage à rien. "Croyez à ma sympahtie", dans les discours intérieur, précède immédiatement " et maintenant, occupons-nous d'autre chose". C'est un sentiment de président du conseil: on l'obtient à bon marché, après les catastrophes. L'amitié, c'est moins simple. Elle est longue et dure à obtenir, mais quand on l'a, plus moyen de s'en débarasser, il faut faire face. Ne croyez pas surtout que vos amis vous téléphoneront tous les soirs, comme ils devraient, pour savoir si ce n'est pas justement le soir où vous décidez de vous suicider, ou plus simplement si vous n'êtes pas en disposition de sortir. Mais non, s'ils téléphonent, soyez tranquille, ce sera le soir où vous n'êtes pas seul, et où la  vie est belle. Le suicide, ils vous y pousseraient plutôt, en vertu de ce que vous vous devez à vous-même, selon eux. Le ciel nous préserve cher monsieur, d'être placés trop haut par nos amis!

Quant à ceux dont c'est la fonction de nous aimer, je veux dire les parents, les alliés (quelle expression!) c'est une autre chanson. Ils ont le mot qui fait balle; ils téléphonent comme on tire à la carabine. Et ils visent juste. Ah les Bazaine!

extrait de "la chute" de Albert Camus. gallimard, 1956.

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