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mercredi, 28 novembre 2007

Monsieur André, Madame Annick

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C’est la fête, le carnaval bat son plein, les géants sont attendus avec impatience par la foule. Seulement voilà, sous les festivités, à l’intérieur des appareils de portage, telle un squale dans un carnaval, la jeunesse aux dents de requin veut bouffer les anciens en dent de scie. Tandis que le vieux dégringole l'échelle de fatigue, la relève grimpe avec ardeur. Les âges, les générations se confrontent, se heurtent, l'un ne peut plus, l'autre ne sait pas encore, les deux hésitent, désespèrent, pendant ce temps-là le carnaval n'avance pas, la vie s'arrête et la société fait du sur place.

Les porteurs en ont plein les bras, les travailleurs plein le dos et les hauts placés plus rien dans le coeur. chacun sa croix, chacun ses bras.. Pas d'bras, pas d'emploi, à bout de souffle. "Porté mon avenir à bouts de bras", la vie ne tient plus qu'à un fil, la fille (oui, il y a une fille) ne tient qu'à la fête, tient tête au précaire et motive la troupe. Sauver les apparences, les dames d’abord, les états d’âme chez soi.
Perdre le fil, perdre l'esprit, perdre espoir. Coule le sang, la moelle, s’envole l'essentiel : le rêve.


Les porteurs deviennent marionnettes, celles du monde du travail, impitoyable. Porte OU crève. Ce qu'ils avaient imaginé liberté, ascension, devient prison, perpétuité. Chacun son géant, chacun son néant. "Porter l'espérance de tout un peuple", prendre des mesures, donner du rythme, tel est le credo du nouveau face à l'ancien qui agonise. Les géants, immobiles, s’éternisent.

Et puis surgit la majorette et son bâton, lancé très haut, trop peut-être, coincé dans un  nuage rose, rose comme Edith Piaf, comme l'amour, l'espérance.. Pourtant personne ne parvient à le récupérer.. A moins d'un géant.. encore faut-il qu'il puisse lever le sien, de bras.
La majorette, qui maintient la fête, tant bien que mal, crie, enjôle, encourage, étincelle d'amour dans un monde terni, le peuple du dessous, celui qu’on ne voit pas forcément, qu’on oublie, souvent, derrière l’apparat. Les porteurs, bien cachés, épine dorsale du carnaval, métaphore infernale.

Univers carnassier, métallique comme le goût du sang versé pour qu'avance la machine, que commence la fête, que s'oublie la galère. Le vautour attaque en piqué sa proie déjà affaiblie, la dévore pas encore morte, sur son lieu de (re)production. Porte ET crève. Paradoxal, quand on sait qu' Au XIXème siècle, les géants symbolisent les fondateurs et les protecteurs des cités (*).  Elle commence à vous parler la métaphore ?

Vautours tout en couleurs, parés de leurs plus beaux atours, qui brillent (brûlent) de mille feux. Monsieur André, Madame Annick martyrisent leurs porteurs, sans qui, pourtant, ils ne sont rien. Qu’importe, remplaçons-les, ces bons à rien, ces pauvres humains corvéables à (notre) merci.

 Sous la liesse se cachent la lie et la tristesse, sous les jupons des géants l'agonie des plus ou moins vivants.

Une mise en scène sobre, lumières claires sur la misère, en couleur à l’extérieur, et toujours, pour atténuer le malheur, un peu d’humour. Cela dit , méfiez-vous de certaines fêtes, elles peuvent cacher quelques défaites...

En savoir plus sur l'auteur,  la troupe, (*=)les Géants du Nord

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