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mercredi, 27 février 2008

L'isolement

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Le temps ne passe plus dans une prison, il se faufile entre les barreaux, vous frôle mais jamais ne vous prend dans ses aiguilles ; vous y passez tout ou partie de votre vie et la vie se passe de vous.

« C’est alors que j’ai décidé de me taire tout à fait. Il ne me restait plus grand-chose quand je suis arrivée ici. Mais c’était encore trop pour eux : ils me voulaient moi aussi. Ils y sont allés progressivement, par petits coups de becs – c’était, à chaque fois, un bout de moi qui partait (ils savent très bien ce qu’ils font) »

La fouille au corps, au cas où vous pensiez conserver un reste d'humanité au fond de vos entrailles : « Ça ne dure pas longtemps, mais une fois que c’est fini on n’a plus rien à soi ? on est tout entier ouvert, retourné comme un gant, une pièce saccagée, aux portes enfoncées, nulle part où s’abriter, on est un corps béant, un corps troué de part en part et sans merci violé. »

« J’avais l’impression que, quoi que je dise, on ne m’entendrait pas. Parler, ça n’ajoute rien, c’est à la fois obscène et vain. J’étais de ceux qui survivent en se teintant de gris – lisse, close, impénétrable. »

Aminata et ses chants d’Afrique,  son sac en toile bleu-blanc-rouge, ses boubous, ses pouvoirs mystérieux, ses légendes, et aucun papier. « Tant qu’elle était là je ne voyais pas les murs, les grilles, la crasse et les barreaux, je ne sentais pas les odeurs de pisse, de moisissure et de bouffe rance, je n’entendais pas la course des rats et les hurlements des toxicos. »

Les clans, la hiérarchie des crimes, des coupables, parfois juste coupable d’être là sans véritable raison. Et, quoi qu'il en soit : « -clandestines, toutes les femmes le sont ici, toxicomanes et prostituées enfantées de toxicomanes et de prostituées, privées, dès leurs premier cri, d’un passeport pour la vie, déposées, dès leur naissance, au seuil de portes verrouillées, grandies dans les marges, entre les lignes des livres, dans les recoins des villes, marges toutes proches, franges par tous visibles et parfois ravaudées, mais qui, à force de s’effiler, déroulent jusqu’ici leur trame usée. »

Un texte si court qui paraît tellement grand, comme si les mots se dilataient dans chaque phrase, repoussaient les limites des pages,  prenant le plein espace de cages emplies de l’absence du temps. Mots comme boussole temporelle, comme gravure sur les murs, qui transforme une existence réduite à néant en une esquisse de vivant.

« Car tout ici est fait pour notre salut les douches rares la bouffe avariée la puanteur aident à la mortification domptent la bête en nous matent le corps-tyran, l’enfermement nous invite à découvrir notre espace intérieur, l’arbitraire de nos supérieurs – parloirs supprimés, courrier ouvert, punitions collectives, fouilles nocturnes – nous enseigne l’obéissance. »

Mais Margot, elle, trouvera le moyen de s'échapper, d'une façon ou d'une autre..

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