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jeudi, 28 février 2008

Putain d'vie

Aujourd'hui je suis allée au théâtre, voir une des représentations de "Putain d'vie", dont je vous ferai un p'tit conte rendu dans les jours à venir, le temps de digérer et compléter mes notes.

354820470.jpgJ'voudrais juste vous faire partager une découverte, celle des poèmes de Jehan-Rictus, le poète, que je vous conseille de découvrir ici et , dans son élément, parmi ses compagnons de mots, de chansons. La découverte d'une époque, d'un mouvement. Les Poètes du Chat Noir.

La mise en scène, donc, s'appuie sur les textes de Jehan-Rictus, Les Soliloques du Pauvre et Le coeur populaire.

Les pauvres, aussi, ont accès au crime passionnel :
(extrait)

Pauvre Julien
(Roman)
— « Voilà comment qu’ c’est arrivé :
c’est la vraie vérité sincère ;
croyez-moi Mossieu l’ Commissaire,
mais... esscusez, y m’ont crevé,
laissez-moi m’ moucher, j’ suis plein d’ sang,
r’gardez-moi c’ qu’y m’ont arrangé !
Faut dir’ qu’ ça couvait d’pis longtemps,
de d’pis l’ temps qu’on vivait ensemble,
de fait, quasi marital’ment ;
(chez nous on s’ marie qu’à la colle ;
mais quand qu’on s’aim’, ça tient tout comme.)

 

Enfin a m’ courait d’pis longtemps...
Pourtant, pouvez vous renseigner,
tout l’ mond’ vous l’ dira dans l’ quartier,
j’ suis d’un naturel endurant.

 

Moi, vous savez, j’ suis qu’un boulot,
j’ connais qu’ mon travail dès l’ matin
et si des fois j’ me soûl’ la gueule,
c’est censément qu’ dans mon méquier
on fait qu’avaler d’ la poussière
(vous comprenez j’ suis mat’lassier,
mais à part ça l’ cœur su’ la main)

 

et pis.... a m’ faisait du chagrin.

 

L’ matin, a restait au plumard
pendant qu’ moi j’ partais au turbin
(chez mon patron l’ marchand d’ lit’ries),
et quand qu’à onze heur’s ej’ rentrais,
le déjeuner n’était pas prêt !

 

C’était moi qu’ allais aux provises
et c’était moi qu’ étais d’ cuisine ;
alle ’tait feugnante et dormeuse,
vous parlez d’un coup d’ traversin !

 

Eh ! ben malgré ça, j’ l’aimais bien.

Et quand d’hasard j’y rapportais
eun’ babiole, eun’ broche, un ruban,
eune épingue, eun’ bague, eun’ toquante...
a m’arr’marciait qu’ du bout des dents,
et pis toujours en l’asseptant
a n’avait l’air d’ vous faire eun’ grâce !

 

Mais quand qu’on était au pucier,
ah ! c’était ben d’eune aute histoire !
Dès que j’ voulais m’ rapprocher d’elle
dans l’ but d’y faire eun’ politesse
(comm’ c’est n’est-c’ pas tout naturel ?)
qu’ tout l’ temps à m’envoyait r’bondir :

 

— « J’ suis t’esquintée, j’ai la migraine,
j’ai mal dans l’ vente ou les mollets,
j’ vas encor d’avoir mes anglais... »
ou ben :
— « Quoi c’est qu’ t’ as avalé
poivrot, boit-sans-soif, bec salé ?
Mon bijou... c’ que tu sens mauvais,
tu t’ rinc’s la dalle avec un pet,
à quinz’ pas tu tuerais des mouches ! »

 

Et si j’ la coltinais quand même :
— « Te m’ fais mal que j’ te dis, laiss’-moi...
qué crampon ! Il l’a toujours dure !
C’ que t’es brutal quand tu vous touches,
te sais pas t’y prende avec moi. »

 

Et fin finale a m’ tournait l’ cul,
en m’ jurant qu’a n’amait qu’ les vrilles
et que l’ Mâle y disait pus rien.

 

Et moi ! J’ me passais eun’ ceinture !
(sans compter qu’ pendant tout’ la nuit
a prenait les trois-quarts du lit !)

 

Quand qu’ tout d’ même a s’ laissait crocher,
pour êt’ pus sûr d’ me l’attacher
j’aurais voulu d’y faire un môme.
Mais si alle éventait mon plan,
alle entrait tout d’un coup furieuse...

 

A s’ tortillait pir’ qu’un sarpent
et en m’ forçant à m’en aller :
— « Tu sais, j’en veux pas d’ ton salé !
Si j’ suis prise ej’ le f’rai filer,
j’irai tout droit chez l’avorteuse. »

 

Tous les matins c’était l’ mêm’ blot ;
si même alle était réveillée,
a faisait la cell’ qui roupille ;
et quand j’ voulais la cajoler
avec des bécots, des mots doux
des « mon béguin », des « ma tit’ fille »,
a m’arr’misait toujours avec
des « fous-moi-la-paix-tu-m’emmerdes ».

 

Alorss, j’allais à mon boulot,
l’ cœur au chiendent, si on peut dire,
la fièvr’ dans l’ sang, le râbe en feu,
avec pour tout l’ restant du jour,
dans ma liquette et ma culbute,
le dardillon comme un épieu !...
Ah ! non, je n’avais pas l’ sourire !

 

Aussi pour m’ sanger les idées,
d’jà dès l’ matin je m’enfilais
des fois un bon coup d’ Beaujolais,
c’ qu’y fait que j’ passais pour poivrot.

[...]

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