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samedi, 31 mai 2008

Quand leurs yeux se rencontrèrent

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 Extrait :

"Oh, elle enseigne aux torches à briller clair !
On dirait qu'elle pend à la joue de la nuit
Comme un riche joyau à une oreille éthiopienne.
Beauté trop riche pour l'usage, et trop précieuse
Pour cette terre ! Telle une colombe de neige
dans un vol de corneilles, telle, là-bas
Est parmi ses amies cette jeune dame.
Dès la danse finie, je verrai où elle se tient
Et ma main rude sera bénie d'avoir touché à la sienne.
Mon coeur a-t-il aimé, avant aujourd'hui ?
Jurez que non, mes yeux, puisque, avant ce soir
Vous n'aviez jamais vu la vraie beauté."

 

 

Jean Meckert

479631799.gifAh la la, encore un auteur que je m'étais promis de lire, et que j'ai laissé là, dans son rayon, étouffé par les autres.. J'ai failli ne pas entendre sa plainte, un chuchotis à vous glacer les sangs, de ce genre de chucotement qu'on croyait entendre, petits, quand le vent sifflait par les interstices des fenêtres..

Pourquoi lui ? parce que j'ai lu des petites choses le concernant, sur sa vie, son écriture.. sur le fait qu'il a longtemps était mal considéré, voire pas du tout. Et pourtant..

1834940632.gifIl fait partie de ces auteurs que j'affectionne, capables d'écrire une histoire sur un type qui n'en a pas. Un pauvre type, comme dans le dernier roman que j'ai lu "Le syndicat des pauvres types". Raconter une vie médiocre, c'est tout un art. Mais surtout, ce qui m'interpelle, ce qui m'attire, c'est ce moment, ce point de non retour qu'ils peuvent atteindre, parfois. Ces vies border line qui, on ne sait pourquoi, basculent soudain, et rarement du bon côté. Ou alors pour peu de temps..

168458745.gifJe pense à Chuck Palahniuk, à Régis Jauffret, à Céline Curiol, à Eric Faye justement, et à ceux que je n'ai pas encore lus. Chacun, à leur façon, nous font entendre la voix de ceux qu'on n'a jamais le temps d'écouter, sur le pallier de l'immeuble, dans la salle d'attente du médecin, à la caisse des supermarchés. Ces personnes qui si on les écoutait, ne serait-ce que quelques minutes, ne seraient plus anonymes, qui, si on leur portait un regard, n'éclateraient pas, un matin, chez eux.... emportant quelques pans de murs avec eux..
et le voisin ne dirait pas "ah bah voilà qui c'est qui va payer les dégâts !"

J'aime ces auteurs qui nous montrent que la médiocrité n'est pas toujours là où on l'imagine....

jeudi, 29 mai 2008

Briser

La neige ne brise jamais les branches du saule.

Proverbe japonais

mardi, 27 mai 2008

Nouvelle : abolition de l'esclavage

Mmmm, j'sais pas si j'vous ai dit.... :

Mais j'ai participé à ce concours-ci :

http://www.cr-picardie.fr/spip.php?article2385

ma nouvelle :  http://www.cr-picardie.fr/spip.php?article2383

Les premières lignes :

Vie d’une Esclave Ordinaire

Sa mère, saoule, l’avait littéralement jetée à la rue, sans le sou, presque nue.
Tu ne me ramènes que des soucis, c’est pas ça qui va nourrir les p’tits ! Fais ta vie ! Hors de ma vue !
Elle ne connaît que ce temps et ce mode là. Elle ne sait même pas que le verbe faire peut se conjuguer au plaisir. Le plaisir…
Alors, elle avait erré, dans les avenues, à la recherche de l’identité perdue, le regard ailleurs, l’œil hagard, face au vide que lui laissait l’espoir. Là, devant elle, sur le trottoir.
Derrière, c’est trop noir.

 

Comme quoi, il reste beaucoup de combats à mener

samedi, 24 mai 2008

Les mots bleus

780415315.jpgIl y a quelques mois, j'ai vu Les mots bleus, d'Alain Corneau, avec Sylvie Testud et Sergi Lopez.

Et puis, hier, en rangeant quelques romans, j'aperçois une couverture rouge, mes doigts s'attardent, agrippent le livre et le sortent de son carcan. Leur histoire, de Dominique Mainard.
Intriguée, je retourne le livre et lis la quatrième de couverture :

1346049222.gif"Anna a six ans. Elle n'a jamais parlé. Une crainte étrange court tel un fil dans sa famille depuis trois générations, la crainte que les mots ne soient «des traîtres, des voleurs», une menace insidieuse capable de vous ôter la vie et l'amour des êtres qui vous sont chers.

Nadèjda, sa mère - la narratrice -, a refusé d'apprendre à lire et à écrire. À l'âge d'Anna, elle a assisté impuissante à la mort de sa grand-mère, provoquée, s'est-elle imaginé, par l'un des mots du conte que la vieille femme lui lisait alors...

Lorsque, en désespoir de cause, elle inscrit Anna dans une école pour malentendants, elles croisent le chemin de Merlin, un enseignant qui emploiera toutes ses forces à «donner la parole» à l'enfant. Entre la frayeur que Nadèjda éprouve et l'amour qui naît bientôt entre elle et Merlin, des bulles de savon, un sifflet, des masques seront autant de pierres formant un gué périlleux qui permettra à Anna d'atteindre l'autre rive. "

Et là, je me dis, je connais cette histoire, oui, je l'ai vue, et le titre c'était.... raaaah..... Les mots bleus ! Merci Christophe...
Alors là, je me suis dit, c'est l'occasion ou jamais de voir comment l'auteur s'est inspiré des mots pour en faire des images, des images d'une petite fille qui n'en dit aucun, de mot, justement :

"Anna, mon enfant fleur, mon enfant muette. Depuis toujours me semble-t-il, depuis avant même sa naissance, j'observe sa bouche silencieuse, ses gencives pâles et nues qu'ont peu à peu percées les dents de lait - les minuscules tourelles blanches de ses dents de lait, défendant sa bouche, des armes dérisoires, mais elle est restée muette. Avant qu'elle n'apprenne à manger seule, à chaque cuillerée glissée entre ses lèvres j'essayais de glisser mon regard jusqu'à sa gorge, espérant quoi ? Apercevoir ses cordes vocales alignées telles des cordes de chair, prêtes à vibrer, espérant toujours qu'il s'en échappe un mot; même si cela avait été un mot vide, une simple bulle, d'air, de souffle, d'haleine, je l'aurais reconnu, je crois, et j'en aurais été si heureuse. Mais un an, deux ans, trois ans ont passé, et il n'y a eu ni marna, ni doudou, ni zozio, même à l'oisellerie où je l'emmenais quand je n'avais trouvé personne pour la garder et où elle passait des heures en contemplation devant les cages des bengalis et des perruches. Quand elle avait sommeil, elle se glissait le pouce enfoui dans la bouche à l'intérieur de l'immense volière vide exposée en vitrine, par une toute petite porte en fer forgé, la luxueuse volière destinée à accueillir des aras ou des familles entières de merles de Nubie et dont j'avais tapissé le sol de coussins; les passants s'arrêtaient pour contempler derrière la vitre cette enfant endormie dans une cage malgré la cacophonie des chants, lentement recouverte des plumes que perdaient les oiseaux en battant des ailes."

Lisez, regardez, l'un et/ou l'autre, dans l'odre que vous voulez.. C'est un pur bonheur, une écriture virevoltante, une histoire envoûtante, une interprétation bouleversante.

vendredi, 23 mai 2008

Jalousie

La jalousie d'autrui a, du moins, cet avantage parfois de nous faire découvrir notre propre bonheur.
Charles Régismanset, extrait de Le livre de mes amis.

La jalousie voit tout, excepté ce qui est.
Xavier Forneret

La jalousie, passion éminemment crédule, soupçonneuse, est celle où la fantaisie a le plus d'action ; mais elle ne donne pas d'esprit ; elle en ôte.
Honoré de Balzac, extrait de Pierrette ou le Curé de Tours.

jeudi, 15 mai 2008

L'indulgence

L'Indulgence est tendre, elle est femme.
Ceux qu'un faux pas, même expié,
Dans le monde à jamais diffame,
Lavent leur front dans sa pitié.

Humble soeur aux longues paupières,
Pour l'homme, fût-il criminel,
Tandis qu'on lui jette des pierres,
Elle garde un pleur fraternel.

S'approchant du coeur plein de fange,
De scorie épaisse et de fiel,
Pour l'assainir, elle y mélange
Cette larme, aumône du ciel ;

Et, loin d'y remuer la honte,
Comme les injures le font,
Elle attend que l'amour remonte
Et que la haine tombe au fond.

C'est alors que, de sa main douce
Élevant ce coeur épuré,
Elle l'incline sans secousse
Et lui pardonne : il a pleuré.

 

R. F. Sully Prudhomme, extrait de Epaves

mardi, 06 mai 2008

Le beau voyage

Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,
Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...
Tous ces grands wagons gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...

 

Henri Bataille 

vendredi, 02 mai 2008

Au ciel plein d'attention

Au ciel, plein d'attention,
ici la terre raconte ;
son souvenir la surmonte
dans ces nobles monts.

Parfois elle parait attendrie
qu'on l'écoute si bien -,
alors elle montre sa vie
et ne dit plus rien.

R. M. Rilke, extrait de Les quatrains valaisins

jeudi, 01 mai 2008

Piédestal en pierre

Il faut collectionner les pierres qu'on vous jette. C'est le début d'un piédestal.

 Hector Berlioz