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vendredi, 24 octobre 2008

Sélection Prix Goncourt 2008

goby.jpgQuelle bonne surprise, dans la sélection du Prix Goncourt des Lycéens, de voir apparaître "Qui touche à mon corps je le tue", de Valentine Goby. Quand je dis surprise, ce n'est pas tout à fait exact. Cela ne m'étonna guère, en fait. Il le mérite. Absolument pas horrifiant, ni funeste, ni violent, c'est juste la vie de trois protagonistes intrinsèquement liés, même sans se connaître, qui cherchent tous trois les limites de leur propre corps dans l'espace, le temps, tentent de se l'approprier, ou de n'en rien laisser. Lumineux, malgré la mort, c'est même l'idée de la mort qui rend ces corps plus vivants, les transcendent, les "immortalisent", l'espace de quelques heures nocturnes.

Alors même s'il n'est pas retenu, cela reste, à l'instar d'Ananda Devi par exemple, un roman à l'écriture ciselée, en quête de salut. Sans forcément le trouver.

Sublime.

(le "conte-rendu" à venir)

 

mercredi, 22 octobre 2008

Art d'aimer

Qu'il est doux, au retour de la froide saison,
Jusqu'au printemps nouveau regagnant la maison,
De la voir devant vous accourir au passage,
Ses cheveux en désordre épars sur son visage !
Son oreille de loin a reconnu vos pas :
Elle vole, et s'écrie, et tombe dans vos bras ;
Et sur vous appuyée et respirant à peine,
A son foyer secret loin des yeux vous entraîne.
Là, mille questions qui vous coupent la voix,
Doux reproches, baisers, se pressent à la fois.
La table entre vous deux à la hâte est servie
L'oeil humide de joie, au banquet elle oublie
Et les mets et la table, et se nourrit en paix
Du plaisir de vous voir, de contempler vos traits.
Sa bouche ne dit rien, mais ses yeux, mais son âme,
Vous parlent ; et bientôt des caresses de flamme
Vous mènent à ce lit qui se plaignait de vous.
C'est là qu'elle s'informe avec un soin jaloux
Si beaucoup de plaisirs, surtout si quelque belle
Habitait la contrée où vous étiez loin d'elle.

 

André Chénier, extrait de Poèmes

samedi, 18 octobre 2008

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant, extrait des Vers

samedi, 11 octobre 2008

Nuit

Le ciel d'étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l'ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l'onde, où luit
Le drap d'or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l'heure, tout écoutait.
Maintenant nul bruit n'ose éclore ;
Tout s'enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S'avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C'est l'heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure,
Le grand Être mystérieux !


Victor Hugo, extrait de Toute la lyre

jeudi, 09 octobre 2008

Les jours pas comme les autres

Il y a les jours qui ne sont pas comme les autres, les jours de fête, et c’est un peu pour ces jours-là qu’on vit, qu’on attend, qu’on espère.

Désert (1980), J.M.G. Le Clézio

mercredi, 08 octobre 2008

Electre

ingres_clytemnestre.jpg

 

À son retour de la guerre de Troie, Agamemnon, chef de l’armée grecque, est assassiné par sa propre épouse, Clytemnestre, et l’amant de cette dernière. Mais le couple machiavélique craint la future vengeance des enfants. Par amour, Clytemnestre va jusqu’à oublier son rôle de mère : elle  exile son petit garçon, Oreste, et condamne sa fille Électre à mener une vie d’esclave. Tout semble réglé, mais le plan des amants a une faille : le destin. Adulte, Oreste revient à Argos sur l’ordre d’un oracle pour venger la mémoire de son père défunt. Le destin de la famille maudite peut désormais s’accomplir…

Eschyle, Sophocle, Euripide : les trois grands poètes tragiques ont consacré une œuvre à ce célèbre mythe. Héros malgré eux, Oreste et Électre émeuvent autant qu’ils effrayent. Traités différemment selon les poètes, ils demeurent complexes et ambivalents chez chacun d’entre eux. À la fois terrifiants et pathétiques. Héroïques et tragiques. Victimes et coupables. D’où le trouble des spectateurs et des lecteurs. Car il est difficile – voire impossible – de porter un jugement sur certains actes. Même lorsqu’ils sont criminels. Oreste doit venger la mémoire de son père en punissant ses assassins. Mais comment faire lorsque le meurtre devient un matricide ? Faut-il tuer sa propre mère ? Peut-on choisir entre devoir et morale ? Autant de questions auxquelles sont confrontés les héros d’Électre, au cœur d’un dilemme sans d’autre issue possible que la culpabilité. À lire et à relire.