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dimanche, 04 avril 2010

La femme de hasard

Ah, Maria. Pas de bol non plus cette fille. Pas aussi misérable que Catherine, certes, quoique. D'une autre façon j'dirais. Mais laissons Catherine à ses aléas, et revenons à Maria. Mais vite fait. Parce qu'à dire vrai, sa vie est assez sinistre. Triste à en mourir. Enfin, c'est Maria, qui est triste à en mourir. Non pas qu'elle n'ait pas d'humour, qu'elle soit bête, ou encore moche.


Bon, concernant l'humour, je ne lui en trouve pas beaucoup. Alors l'auteur compense. Comme il peut. C'est plutôt du cynisme, de l'ironie. De l'humour teinté de gris. Pas de noir, c'est trop contrasté, trop prononcé. Et Maria n'est pas du genre à se distinguer. Sinon malgré elle. Ou pas. Elle ne se lie pas, ou très peu, ou pour peu de temps. L'amitié n'a pas grand intérêt pour elle, les hommes non plus, leurs mains sur elle, encore moins. Tout cela lui semble subterfuge, pour tromper... pour tromper quoi d'ailleurs. L'ennui ? L'inévitable fin qui nous attend tous ? Elle aura au moins cette honnêteté de ne pas chercher à le tromper. A presque aimer cet ennui, cette langueur dans laquelle elle se plonge si souvent. Apparente langueur. Car les mouvements de son âme lui échappent souvent. Sa vie entière, en fait. Elle vous dira qu'elle l'a voulu ainsi, à un ou deux détails près. A tous les détails près, serait-il bon de préciser. Rien d'extraordinaire dans le destin de Maria. Elle suit sans le suivre le cours des évènements, circule d'un hasard à l'autre, ne subit pas mais décide de subir, c'est ainsi, c'est ainsi qu'elle dira vouloir les choses. Car elle ne sait pas bien ce qu'elle veut en fait. Être seule, ne pas l'être. Être seule sans elle-même. Oh, Maria, te fuirais-tu ? N'aimes-tu donc pas à ce point ces points communs que tu aurais avec le commun des mortels ? Le pire, c'est que tu ne sembles même pas avoir rêvé ta vie, avoir espéré mieux, alors que tu disais, enfin, que l'auteur disait, que tu préférais l'attente de l'émotion du bonheur, que l'émotion elle-même. T'es-tu rendu compte que tu l'as fatigué, Jonathan Coe, tu l'as soulé, carrément. Et, gentleman comme il est, il a abrégé le récit de ta vie, s'il en est un, afin de ne pas abuser de notre temps, et surtout pas du sien. C'est dommage, il semblait bien t'aimer, à certains moments. Moi aussi d'ailleurs. Et Ronny, trop disponible, et puis plus, et Nigel, qui te voulait trop disponible, et Stephen.. Ah.. Stephen.. Quelle bêtise, hein ? Quel gâchis.. Tu aurais pu faire un effort, quand même. Forcer le destin, ne pas te fier au hasard, pour une fois. Au lieu de te vêtir d'ennui, de solitude. Et ton fils, l'as-tu revu ?

A l'instar de Darling, ta vie n'est enviable par personne. À la différence de Catherine (tu es jolie, c'est vrai), c'est ta vie le poème, et toi poètesse dadaïste, raté bien sûr, qui s'est laissé mener par le hasard des mots, et non par sa pensée. Quelle merveilleuse perte de temps tu m'as donnée à lire. Monsieur Coe, c'est là votre premier roman, et c'est la première fois que je vous lis.

Un livre faussement interactif, où l'auteur se joue autant du lecteur que de son héroïne, si tant est qu'il joue.

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