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dimanche, 28 mars 2010

Les paupières

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« Quand j'ai réussi à bien dormir en avion, je ressens un immense bonheur. »

Tout commence dans un avion, avec cet homme, à côté d'elle, qui lui raconte l'histoire d'une vieille dame et son geiko fétiche. Une vieille dame, toute petite, « et curieusement, lorsqu'elle touchait quelque chose, cette chose à son tour paraissait petite ». « L'impression de la voir à travers des jumelles mises à l'envers. »Partie aux funérailles de son correspondant de longue date, qui lui avait envoyé la photo d'un acteur. Amoureuse à distance. Et puis..


Il y a aussi une collectionneuse d'odeurs, et son salon semblable à un laboratoire, odeurs de vies, de visages, de minéraux, de corps, d'accords. De tout. De tout ce qui échappe à la grande majorité des humains. Qui échappe au commun, des mortels, de l'immortel. « capable de distinguer tant d'odeurs et d'en parler avec des mots si riches, alors qu'elle-même n'en dégage aucune ». Jusqu'à ce qu'il monte sur l'échelle, et voit les flacons, sur la dernière étagère...

Un enfant prodige, excellent nageur, qui, quand il ne nage pas, se cale dans un coin de la maison, contorsionné, comme rassuré par toutes les parties de son corps en contact avec un élément solide. Il nage, son père nage dans l'alcool et les antiquités, sa mère ne vit que dans les remous de l'eau des piscines qu'il sillonne. Jusqu'à ce que l'un de ses bras se fige, à jamais. Et c'est le foyer tout entier qui se fige, se fissure, la peau des visages qui craquèle, comme ceux d'un vieux tableau.

Une femme, partie quelques jours, à la recherche de son messager du sommeil, qui se laisse aller à la visite guidée d'une maison transformée en « musée », d'une ancienne poétesse inconnue du grand public. Jusqu'à ce qu'elle se retrouve face à cet étrange amas de fils argentés, venus des entrailles de la défunte.

Dans une vieille maison japonaise tout en longueur, à l'intérieur de laquelle toutes les cloisons avaient été enlevées, pour ne former qu'une vaste cuisine, va se dérouler un cours de cuisine pour le moins atypique. Surtout avec l'arrivée de deux nettoyeurs de tuyauterie, qui feront régurgiter les longs boyaux métalliques asservis depuis plus de soixante ans.

Entre autres...

Histoires qui s'évadent et nous égarent dans un « labyrinthe temporel », dans une langue avec laquelle nous ne sommes pas habitués.

Tous font la découverte d'un langage jusqu'alors inconnu, et pourtant qui leur semble si familier. Que ce soit le temps d'un rêve, d'une rencontre, d'une odeur, d'un mouvement aquatique. Qu'il soit verbal, corporel, olfactif, musical. Un langage qu'ils ne peuvent définir, mais qu'ils comprennent, à leur insu.

Pas de fin à ces histoires, pas vraiment de début non plus. Aucun dénouement, juste un glissement dans l'imaginaire, le fantastique s'immisce discrètement, à pas de velours, vient frôler quelques zones de notre cerveau méconnues, s'installe, tranquillement, et commence à agir quelques jours après la lecture. Douce folie, sentiment d'inachevé, le rêve empiète sur la réalité, comme si de rien n'était. Comme cette écriture, douce, épurée, poésie à fleur de page, sèche, parfois, sans effet spéciaux, l'image s'impose à la rétine, sans violence. Et nous laisse sur notre faim, n'apporte aucune solution, aucune explication. A nous de voir. A nous de vouloir.

 Note : 7/10

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