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samedi, 17 avril 2010

No et moi

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"Depuis toute la vie je me suis toujours sentie en dehors, où que je sois, en dehors de l'image, de la conversation, en décalage, comme si j'étais seule à entendre des bruits ou des paroles que les autres ne perçoivent pas, et sourdes aux mots qu'ils semblent entendre, comme si j'étais hors du cadre, de l'autre côté d'une vitre, immense et invisible." C'est vrai qu'elle n'est pas grande, Lou, mais elle est grande comme la plus brillante des pépites. Pépite, c'est comme ça qu'il l'appelle, Lucas.

Lucas, c'est le plus vieux de la classe, le plus rebelle, le plus populaire, en somme. Lou, elle, c'est l'élève modèle, avec quelques années d'avance, la plus raisonnable, celle qui rougit quand elle doit répondre à l'oral. C'est pas qu'elle a peur des mots non, enfin si, elle a peur qu'une fois sortis de sa bouche, ils ne s'éparpillent et prolifèrent, dépassent sa pensée. Sinon les mots, elles les collectionne, les découpe, les colle dans un grand cahier blanc. Offert par sa mère. Sa mère qui ne l'est plus vraiment, depuis Thaïs. Et son père qui fait ce qu'il peut, pour maintenir l'équilibre, même si tout a basculé, même si sa mère a basculé dans un autre monde, entre eux et Thaïs.
Deux fois par semaine, après les cours, elle va gare d'Austerlitz, "à cause de l'émotion, c'est un truc que j'aime bien, voir l'émotion des gens [...] l'émotion se devine dans les regards, les gestes, les mouvements..." C'est là qu'elle a vu No, enfin que No l'a vue, la première fois. Elle l'aborde pour une cigarette, quelques pièces, quelques mots, histoire de rester humaine.
Lou a un exposé à faire, elle a choisi le thème des femmes dans la rue. Des femmes sans-abri, presque sans vie, à la vue de tous. Elle l'emmènera au chaud, dans un café, à proximité de la gare, elle lui paiera des coups, et No parlera, un peu, à chaque fois, quand elle viendra. "il y a ce mot qui me vient à l'esprit, abîmée, ce mot qui fait mal". Le corps de No parle pour elle, agité, en déséquilibre, habitué à ne pas rester longtemps immobile, pour ne pas se faire repérer, par la police, par la lassitude. Et "la fatigue sur son visage, comme un voile gris qui la recouvre, qui la protège." Alors parfois No raconte, la peur, le froid, l'errance, la violence. Les heures passées à trouver comment passer le temps, celui qui la sépare du soir, de la même vie en noir. No donne un peu de sa vie à Lou, comme un cadeau, malgré la misère qu'il contient. Lou réunira ce dont elle a besoin, fera son exposé, reviendra au lieu de rendez-vous, mais No ne sera pas là. C'est écrit dans son nom. No. Alors Lou la recherchera, parce qu'elle a besoin d'elle. Même si c'est le monde à l'envers. Mais le monde tourne à l'envers. Et elle la retrouvera. Et elle lui dira, même si No ne veut pas l'entendre. Elle lui dira, qu'elle compte pour elle. Et Lou demandera à ses parents.
Un soir, après les cours, No, à la sortie du lycée. Au bout du rouleau, au bout d'elle-même, au bout de tout. Alors Lou, avec la complicité de Lucas, l'emmènera, chez elle, au chaud, dans un lit. Dans sa vie. Quitte à tout bousculer. Quitte à ce que tout bascule. Et ça sera le cas.
Note: 07/10

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