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jeudi, 20 mai 2010

Un homme

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"On ne fait rien qui ne comporte des risques, se disait-il, rien de rien, il n'existe rien qui ne se retourne contre soir, pas même peindre des tableaux à la con". On ne prend pas sa secrétaire à genoux sur la moquette sans que ça ne tâche la vie conjugale. On ne part pas en "lune de miel" dans la plus belle ville du monde avec une mannequin à l'esprit aussi ouvert que l'intérieur de ses cuisses sans qu'un divorce se profile à l'horizon. Eh non.


Un homme. Juste un homme. Avec ses opérations cardiaques annuelles. Avec sa carrière talentueuse. Avec ses trois divorces. Avec ses fils qui le détestent. Et sa fille qui l'adore, malgré tout. Un homme, qui aurait donné son coeur (surtout celui-ci) pour réparer, pour refaire, pour se fabriquer de meilleurs souvenirs. La solitude qu'il a tant voulue lui fait bien payer ce passé chaotique. Dame Nature venge ces femmes bafouées, trahies, ces fils qui aiment à justifier leur mépris paternel par le mal que ce père, indigne bien sûr, aura causé. Un homme, qui ne sait plus vraiment pour quelles raisons il vit encore, ce qu'il a encore à prouver, qui tente une petite "rédemption" en donnant des cours de peinture à des "tamalous" venus mourir au soleil.

Un homme, qui se tourne vers son passé, celui avant ses mariages, le passé, le vrai, le passé avec ce père aimant, qui a ouvert une bijouterie simplement pour avoir quelque chose à laisser à ses enfants. Et lui. Que laisse-t-il, à part de l'amertume, à part de la douleur, à part sa fille Nancy, qui l'aime et qu'il aime de toute son âme ?

Un homme, qui parle aux squelettes de ses parents, qui pleure sa vie avec eux, sans eux, qui aurait bien aimé quelques conseils, encore, qui écoute le temps ronger les siens, qui entend les paroles soufflées par le vent.

Un homme, que la mort approche à petits pas, inexorablement, qui le frôle un peu plus à chaque opération. Qui sème un stent, à chaque fois, pour retrouver son chemin plus facilement la fois d'après. La mort, qui l'enlèvera à cette solitude devenue cruelle, qui l'emmènera, enfin, auprès de ses géniteurs. Qui fera de lui l'enfant éternel.

Philip Roth, encore et toujours, superbement masculin.

Note : 10/10

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