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samedi, 28 août 2010

Les inséparables

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"A partir de treize ans, l'histoire ne se raconte plus de la même façon. Du jour au lendemain, d'une heure à l'autre, quelque chose qui se passe qui n'est ni un accident ni une rencontre
Quelque chose se casse à l'intérieur de Léa, une digue, un barrage, çah ne s'explique pas ; ça envahit."
Léa se réveillle, vers 4 heures du matin, "elle dit qu'un bruit s'est installé dans sa tête, un bruit qui n'est pas un bruit et qui ne s'arrête pas, et une phrase qui se répète sans fin, une phrase qui l'obsède : il n'y a pas de raison, pas de raison..."

En effet, il n'y a pas de raison. Il n'y avait pas de raison pour que les chemins de Léa et la narratrice se croisent si longtemps, comme la double hélice d'un ADN, complémentaires, comme un couple d'allèles sur un chromosome, une amitié qui s'impose d'elle-même, qui s'expose, une amitié peu commune comme le sont toutes les grandes amitiés, fortuites, spontanées, indéfectibles. Il n'y avait pas de raison non plus pour qu'ils se décroisent, pour qu'ils s'effilochent et ne se raccrochent jamais, même si Léa s'est souvent cherchée/égarée dans des ruelles mal fréquentées, entre un père inconnu, un beau-père américain et une mère noyée dans ses coupons de tissus. La vie sans Léa n'est pas concevable.
C'est une amitié telle qu'il est difficile pour l'auteure, d'en parler, de l'écrire, sans s'émouvoir : "C'est difficile en ce moment, je pleure tout le temps en écrivant. Il faudrait prendre la distance nécessaire au récit. Ne pas être le bras de Léa dans lequel l'aiguille s'enfonce, ne pas avoir la gorge qui se serre chaque fois que je croise une femme qui fait la manche dans la rue." Les jours, les mois les années s'immiscent entre elles, les murs des maisons de repos, des centres de désintoxication, mais toujours les mots les unissent, ces mots qu'elles notent, dans des cahiers, proverbes, maximes, slogans, autant que les propos les plus anodins, en apparence, ces mots qu'elles déposent dans des enveloppes. Des mots qui protègent, de soi, du vide, du trop-plein. Des mots qui se souviennent, qui imaginent, qui anticipent, quelquefois. La défonce, l'extase, la descente les éloignent aussi, régulièrement, mais c'est une autre chimie qui les ramène toujours, l'une à l'autre. Y a pas de raison. Y a vraiment pas de raison de ne pas en faire une histoire.
Deux vies assez banales en soi, qui, réunies, deviennent extraordinaires.
Note : 8,5/10

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