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lundi, 07 novembre 2011

Tout, tout de suite

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à l'ère de ceux qui font des alertes à la bombe simplement parce qu'une émission de téléréalité n'a pas retenu sa candidature,

à l'ère de ceux qui n'en ont pas assez, serrés à six ou sept dans un deux-pièces

ou celle de ceux arrivés sur le sol français il y a quelques années encouragés par un gouvernement qui ne sait pas toujours anticiper

à l'ère d'une société télé réalisée sans coupure au montage, une existence sans loge ni retouche maquillage, dans laquelle on croit pouvoir échapper aux mauvaises ondes, à l'abri sous une capuche.


Terre de désespoir déguisé en rêve de manoir, médias à l'affût du moindre écart de star, scarifiée par nos regards « camérisés ».

Tout, tout de suite, hors de question de galérer comme nos parents émigrés, qui se sacrifient se saignent aux quatre veines pour permettre à leurs rejetons d'en avoir un peu, eux, de, veine. Mais pourquoi choisir la voie professionnelle et ferrée, quand avec un peu d'flair on peut dealer en toute tranquillité.

Parents au long trajet, enfant incapable de rester sans bouger sur une chaise 6 heures par jour à écouter la vie théorisée par des profs déjà blasés.

De « beuher » en braquage les liens (financiers) se créent, le respect (peur déguisée) s'installe et c'est finalement une autre société qui apparaît, qui se berce d'illusions, en vend aussi, et l'inflation accroît les besoins, le « bizness », alors quand le deal ne suffit plus on pousse le vice encore plus loin, on mélange convictions personnelles, religieuses, orgueil et préjugés dans ces cités aux noms de poètes.

Le choc est violent quand on découvre que la vie c'est pas comme à la télé, et que les « Feujs » ne sont pas tous « blindés d'thune ». Trop tard pour faire machine arrière, il faut sauver les apparences, calmer les mecs de  Boboche  et transformer l'intérêt personnel en combat pour le peuple ivoirien. Ça chauffe de tous côtés, les voitures crament, les nations s'enflamment, et pour couvrir les traces de cigarettes écrasées sur la peau d'Elie, Yacef l'arrose de toute sa rage, d'un peu d'éther et brûle ce qui lui reste d'humanité. De lien avec la réalité. Et les caméras prennent le relais.

« Elie, sur les portraits mortuaires qu'a pris de lui l'identité judiciaire, semble avoir trente ans de plus. Rien n'y demeure de ce jeune homme souriant, naïf [...]C'est le visage d'un adulte. Mais pas de n'importe quel adulte : d'un être qui, en quelques jours a pu faire le tour de ce que d'autres mettent une vie à cerner : l'horreur humaine. Les ans ne l'ont pas marqué, mais la bassesse d'autrui. Il a passé trois semaines à l'école du mal. Ses yeux clos nous regardent. Ils nous voient sans doute mieux que grands ouverts. Ils nous radiographient. 

C'est froid, comme une cave d'immeuble en plein hiver, métallique, comme le goût du sang, aussi assourdissant que la mort annoncée. Immersion totale dans un drame d'aujourd'hui, sans fanfare ni musique dramatique, sans gros plan ni parti pris.

C'est un assemblage de faits, entrecoupés des témoignages  « à venir » des principaux protagonistes, des extraits d'études sociologiques, de textes de rappeurs, de philosophes, le tout relié par l'écriture. Un roman donc. Sur une sale affaire. Réelle. Un conte de faits, comme le dit lui-même l'auteur.

(tapez « le gang des barbares » dans votre moteur de recherche pour vous remémorer l'affaire)

Note : atrocement vrai.

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