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jeudi, 07 février 2013

Une sainte fille

 

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« Sylvie avait le visage d'une vicieuse. La bouche d'une vicieuse, le regard d'une vicieuse, le grain de peau d'une vicieuse. En fait, elle ressemblait à n'importe quelle autre jeune fille de son âge, sauf qu'elle avait l'air vicieux. »


 

Alors qu'en fait : "c'était une jeune fille chaste qui aimait la lecture des grands succès de librairie, ne rechignait pas à assister aux grand-messes... »

Mais quand vous avez l'air vicieux, tous vos actes paraissent suspects, même les plus anodins. Surtout les plus anodins. De toute façon la rumeur a toujours raison, n'est-ce pas. Elle condamne sans preuve. Il suffit d'avoir l'air. Les autres se chargent de la chanson.

Il en va de même pour Alice. En fait non, c'est encore pire.

Alice, plutôt du genre conventionnel, n'autorisait que des pratiques conventionnées à son mari écrivain, jusqu'à ce que celui-ci, en panne d'inspiration, décide de « sacrifier [sa] femme sur l'autel de la création ». Le dit autel n'est autre que la « Charrue qui laboure », club où l'on n'échange pas que des points de vue. Et cette femme entièrement dévouée à sa vie maritale ne manqua pas de prendre son rôle très à cœur, et ailleurs aussi : « Alice vaquait à ses occupations comme une fermière mène les vaches à traire ».Ce qui ne manquera pas de laisser son mari plus que dubitatif.

François, lui perd un jeune frère que personne ne lui a jamais connu, au village. Pire, personne n'a jamais vraiment aimé François, sans savoir dire pourquoi. Personne ne le détestait non plus. Au juste on ne savait pas bien, mais c'est toujours mieux de faire comme si. Dès lors que la mort d'Edgar se fit savoir, on reconsidéra François, et sans jamais avouer qu'on s'était trompé, on se mit à le trouver aimable, le cœur sur la main, et tout ce qui fait bien. Même le paysage du coin semblait se bonifier, « l'horizon est plus fin qu'ailleurs, plus subtil. L'herbe se frotte au bleu du ciel et paraît s'y diluer. »

Armé de son écriture à la fois délicate et roublarde aux métaphores décalées, Franz Bartelt écorche les faux-semblants, épluche les apparences, tue le ridicule à petit feu, met sur le devant de la scène ces âmes étriquées qui, au moindre courant d'air, dévoilent leur intelligence éolienne (d'aucuns diraient : girouette) et tentent de faire du spécial avec de l'ordinaire, de raccommoder les vestes pour éviter de les retourner.

C'est de l'art et du cochon. un petit goût de farce de La Fontaine, sans véritable morale, mais avec des morts, et quelques râles.

« Le vrai romancier raconte sa vie. S'il voyage, il raconte ses voyages. S'il dort, il raconte ses rêves. S'il mange trop, il raconte le martyr de l'obèse et le calvaire des régimes amaigrissants. S'il est porté sur la bouteille il recopiera les étiquettes. S'il n'a vraiment rien d'intéressant à vivre, il racontera des histoires de rats ou de fourmis. C'est bien aussi. Mais c'est moins vécu. »

Apparemment cette définition ne s'applique pas à l'auteur, ou alors il a un sacré vécu..

Note : 10/10

 

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