Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 25 février 2013

On nous trait comme des vaches à lait non pasteurisé ! (Rimbaud - 1er jour)

littérature,livre,poésie,rimbaud,les effarés,bio"- Vous vous rendez compte ! On nous dit pas tout, on nous ment on nous spolie, on nous trait, comme des vaches à lait, jusqu'au dernier centilitre ! On n'sait plus c'qu'on peut manger ! Pas plus tard que la semaine dernière, j'achète un camembert, bah v'là ti pas, vous m'croyez ou pas, qu'il était pu bon d'deux jours, ni une ni deux dans la poubelle sans les p'tits tours !

- Un scandale, comme vous dites ! T'nez moi c'était avec des légumes. Not' nouveau voisin y cultive un p'tit jardin, bio et tout l'tintouin là. Et y vient toquer à not' porte, avec sa cagette remplie d'tomates et d'salades pleines de terre. Mon Jean, ni trois ni quatre y lui balance : c'est bin bio tout ça, mais sans chimie y a du mildiou ! Si vous voyez c'que j'veux dire.. (l'est instruit mon Jean, pi l'est drôle aussi). Vous auriez vu la tête du voisin, l'est r'parti la cagette entre les mains, tout penaud, avec son bio. Il a raison mon Jean, on a pas envie d'attraper des maladies en mangeant des radis !

- Z'avez eu raison, c'est des coups à finir chez l'docteur ça, ou pire, et à s'gaver d'antibiotiques, ou d'génériques.. Vous avez entendu cette histoire, du... "

Et, toutes à leurs malheurs, elles passèrent devant, sans les voir,

 


Noirs dans la neige et dans la brume,
Au grand soupirail qui s'allume,
Leurs culs en rond,

A genoux, cinq petits, - misère ! -
Regardent le Boulanger faire
Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
La pâte grise et qui l'enfourne
Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.
Le Boulanger au gras sourire
Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
Au souffle du soupirail rouge
Chaud comme un sein.

Quand pour quelque médianoche,
Façonné comme une brioche
On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
Chantent les croûtes parfumées
Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
Ils ont leur âme si ravie
Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
Les pauvres Jésus pleins de givre,
Qu'ils sont là tous,

Collant leurs petits museaux roses
Au treillage, grognant des choses
Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
Et repliés vers ces lumières
Du ciel rouvert,

Si fort qu'ils crèvent leur culotte
Et que leur chemise tremblote
Au vent d'hiver.

"- Eh, entre nous, trouvez pas qu'il a changé son pain, j'le trouve moins doré qu'avant, pas vous ?..." Elles hâtèrent légèrement le pas, c'est qu'il commençait à faire vraiment froid !

(Les effarés, extrait de Poésies)

Commentaires

Cela faisait bien longtemps que je n'étais venu par chez vous... Une grosse négligence !
Car il est succulent, ce texte !
Je reviendrai.
Bien à Vous

Écrit par : Bertrand | mardi, 26 février 2013

Merci à vous Bertrand !
Le mérite est partagé et donc à moitié posthume.
Heureuse de vous revoir, au plaisir !

Écrit par : Cécile | mardi, 26 février 2013

Les commentaires sont fermés.