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samedi, 16 mars 2013

Une autre vie, loin de La Bonne Parole et des cailles farcies ( Lamartine - 6ème jour)

littérature, livre, poésie, poème, lamartine, chant d'amour, invocation, nocesMarie-Bernadette était à la fête ! Elle avait le cœur chantant du poète et l'âme aussi légère que l'alouette. Tandis qu'elle farcissait les cailles, elle tricotait en silence les dernières mailles du poème. Noces de perle obligent, sans pour autant pécher par excès, elle voulait offrir à son mari bien-aimé des vers irisés de nacre et de sacré :

Là ton doux souvenir veille à jamais à l'ombre
De ma fidélité,
Comme une lampe d'or dont une vierge sainte
Protège avec la main, en traversant l'enceinte,
La tremblante clarté


Et quand la mort viendra, d'un autre amour suivie,
Éteindre en souriant de notre double vie
L'un et l'autre flambeau,
Qu'elle étende ma couche à côté de la tienne,
Et que ta main fidèle embrasse encor la mienne
Dans le lit du tombeau.

Ou plutôt puissions-nous passer sur cette terre,
Comme on voit en automne un couple solitaire
De cygnes amoureux
Partir, en s'embrassant, du nid qui les rassemble,
Et vers les doux climats qu'ils vont chercher ensemble
S'envoler deux à deux.*

Marie-Bernadette est tombée dans la foi au sens littéral, dès son plus jeune âge, dans l'eau des fonds baptismaux un matin hivernal. Elle en a gardé son prénom et une certaine appréhension, sa mère lui ayant ainsi résumé l'histoire quelques années plus tard : « qui gigote grelotte ! ». Depuis, Marie-Bernadette craint autant les douches froides que les foudres Patriarcales.

Quand elle s'aperçut que sa pensée se laissait aller à des rangs de mailles moins sacrés, elle fut à la fois effrayée et intriguée. Alors, pour ne pas L'offenser, et satisfaire sa propre curiosité, elle ordonna à son esprit de penser tout bas :

Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière !
Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière
Ma vie et ton amour !
Ton regard languissant est plus cher à mon âme
Que le premier rayon de la céleste flamme
Aux yeux privés du jour.*

Marie-Bernadette était, alors loin de se douter que l'ampoule de sa vie (chuuuut, moins fort, on a dit) avait grillé. Que, dans la paupière (et le bureau) d'Henri-Paul (devenu insomniaque) se lisait une autre vie, loin de La bonne Parole et des cailles farcies :

O toi qui m'apparus dans ce désert du monde,
Habitante du ciel, passagère en ces lieux !
O toi qui fis briller dans cette nuit profonde
Un rayon d'amour à mes yeux ;

A mes yeux étonnés montre-toi tout entière,
Dis-moi quel est ton nom, ton pays, ton destin.
Ton berceau fut-il sur la terre ?
Ou n'es-tu qu'un souffle divin ?

Ah ! quel que soit ton nom, ton destin, ta patrie,
Ou fille de la terre, ou du divin séjour,
Ah ! laisse-moi, toute ma vie,
T'offrir mon culte ou mon amour.**


(* : extraits de Chant d'amour / ** : extrait d'Invocation)

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