Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 20 mars 2013

Réunion tupper-wave pour speed-datées au carbone 14 ( Baudelaire - 3ème jour)

littérature, livre, poésie, poème, baudelaire, les petites vieillesNotre dandy dixneuviémiste élimé du coude et toujours à la recherche de ses droits d'auteur s'inquiétait pour son avenir que les amis de Laure, admirateurs de Laure-idole, avaient, pour l'heure, anéanti. Ne tirons pas la conclusion hâtive qu'ils avaient raison, et que notre poète, aux identités multiples, cherchait à abuser de l'amour d'une jeune fille en fleur à l'ombre d'un trois pièces meublé en plein centre de Paris. N'allons pas imaginer que sous ses airs de Peter Pan pour jeunes femmes désabusées, se cachait un capitaine prêt à tout pour vivre à leurs crochets. Charles/Arthur/Alfred/Paul un courtisan, un homme galant, un scandaleux ? Ça se saurait... Ou peut-être se veut-il le précurseur d'un nouveau mouvement antisocial uniquement réservé aux hommes ?


Toujours est-il qu'il devait à tout prix se reloger, enfin, qu'il souhaitait ardemment aimer à nouveau. Les jeunes femmes de l'âge de Laure et qui n'ont pas lu Stendhal, c'était bien, mais on devenait vite le centre d'intérêt et d'intolérance du cercle d'amis.

Les femmes de quarante ans étaient plus libres, plus libérées, mais ne tiraient qu'un plan ou deux sur sa comète et n'envisageaient aucune constellation à long terme.
Les femmes de soixante ans, plus alertes et alertées qu'avant, se méfiaient comme d'un vendeur de camelote sur le marché du samedi des jeunes freluquets de son acabit.
Non vraiment, il allait devoir affiner ses critères, il n'allait quand même pas taper dans le grabataire, euh, risquer son cœur dans un amour plus que précaire. Il imaginait déjà le concept : soirées Tupper-wave pour femmes speed-datées au carbone 14 :


"- Dans les plis sinueux des vieilles capitales,
Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements,
Je guette, obéissant à mes humeurs fatales
Des êtres singuliers, décrépits et charmants.

- Est-ce que je crois au prince charmant ?

- Non, je disais :
Telles vous cheminez, stoïques et sans plaintes,
A travers le chaos des vivantes cités,
Mères au cœur saignant, courtisanes ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

- Ah oui, moi aussi j'aime le foie de veau sauce persillée...

- Ces monstres disloqués furent jadis des femmes,
Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus
Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

- Vous préférez les vestons aux pardessus ?

- Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
Nul ne vous reconnaît ! un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d'un amour dérisoire ;
Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

- J'ai habité longtemps la campagne mais j'ai un appartement en ville maintenant, pour l'aide à domicile c'est plus commode.

- Et lorsque j'entrevois un fantôme débile
Traversant de Paris le fourmillant tableau,
Il me semble toujours que cet être fragile
S'en va tout doucement vers un nouveau berceau ;

- Vous êtes Verseau ? Oh moi j'lis pas tout ça, je ne regarde pas ce qui va m'arriver, mais plutôt ceux qui sont partis, les avis de décès, vous savez ? Je barre les noms de ceux que j'ai connus, ça m'évite des bévues quand j'envoie des cartes de vœux...

- Honteuses d'exister, ombres ratatinées,
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ;
Et nul ne vous salue, étranges destinées !
Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !

- Vous lisez Dumas et Ségur ? C'est bien ça, un jeune homme cultivé, vous pourriez me faire la lecture, alors, de temps en temps...

- Ils rampent, flagellés par les bises iniques,
Frémissant au fracas roulant des omnibus,
Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques,
Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ;

- Vous trouvez mon accent germanique charmant ? On ne me l'avait jamais dit encore ça, vous êtes un vrai Dom Juan... vous connaissez celui de Mozart ?

- Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
L’œil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j'étais votre père, ô merveille !
Je goûte à votre insu des plaisirs clandestins :

- Le teint vermeil ? Oh juste un petit coup de pinceau vous savez, une femme se doit d'être élégante, jusqu'au bout !

- Ils trottent, tout pareils à des marionnettes ;
Se traînent, comme font les animaux blessés,
Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes
Où se pend un Démon sans pitié !

- Ah oui j'aime beaucoup les mots fléchés, et les devinettes, ça entretient la vivacité d'esprit..

- Ruines ! ma famille ! ô cerveaux congénères !
Je vous fais chaque soir un solennel adieu !
Où serez-vous demain, Èves octogénaires,
Sur qui pèse la griffe effroyable de Dieu ?

- Vous voulez mon numéro de téléphone portable pour revoir le soleil dans mes yeux.. Vous ne perdez pas de temps vous.. Mais.. je n'en ai pas tant que ça à perdre non plus, alors pourquoi pas.. par contre, je n'ai pas de vos nouveaux appareils, là.. je vais vous donner le numéro du téléphone fixe.... Et, ce n'est pas que je sois sourde comme un pot, mais n'hésitez pas à parler plus fort, vous avez sûrement voulu rester discret, mais la moitié du temps vos paroles n'étaient qu'un murmure, comme si vous pensiez à voix basse..."

 

Non... non... il devait absolument refaire le profilage de ses victimes.. enfin.. dessiner le profil d'un amour légitime... oh, mais elle est plutôt mignonne la petite Pervenche, là-bas..

 

(* : extraits de Les petites vieilles)

Les commentaires sont fermés.