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mardi, 26 mars 2013

"des sirènes nyctalopes qui défendent leur bout d'plage goudronnée à coups d'nageoire" ( Charle Cros - 2ème jour)

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(épisode précédent)

- C'est pour moi, patron !

- Ah.. c'est pas vrai.. allez.. un rayon d'printemps, et les p'tits jeunes de vingt ans sortent des jupons d'maman.. Ecoute, t'es mignon, mais...c'est pas l'jour..

- Je crois que si, justement, permettez-moi de vous proposer ce soir
Une salle avec du feu, des bougies,
Des soupers toujours servis, des guitares,
Des fleurets, des fleurs, tous les tabacs rares,
Où l'on causerait pourtant sans orgies.


- Ah oui.. c'est vrai, les jeunes n'en font qu'à leur tête, ok.. tu diras pas qu'j't'ai pas prévenu. Alors moi j'suis plutôt du genre extincteur tu vois. Les apyro-men, comme j'les appelle j'les éteins d'entrée d'jeu, j'les r'froidis avec les glaçons d'leur whisky. Et puis j'en ai soupé des pizzerias pas italiennes qui louent Franck Labrel pour la soirée histoire de faire plus vrai. Ton cigare, tu peux te le caler direct derrière l'oreille, la loi Evin et moi on supporte plus l'odeur de la Havane. Quant à causer, si t'es le roi du monologue, ça pourrait encore passer, car moi, si j'vais au resto, c'est pour grailler.

- Vous êtes amère, aigrie, ou en colère, je le vois bien. Sachez juste qu'avec le bleu pervenche de vos yeux
Au printemps lilas, roses et muguets,
En été jasmins, œillets et tilleuls
Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls
Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.

- En plus tu m'la joues quatre saisons ! Vive Aldi !
Mon lapin, les seuls rêveurs que j'aie jamais vus la nuit dans un parc sont des camés qui cherchent leur coke comme des enfants cherchent leurs œufs d'Pâques et que les seuls bruits gais qu'on entend c'est quand ils l'ont trouvée. Mais tu m'as l'air bien parti là, dans ton angélus, et quelque chose me dit qu'tu vas pas lâcher l'morceau.. Continue, un peu, pour voir... ?

- Avec une femme comme vous à leurs côtés
Les hommes seraient tous de bonne race,
Dompteurs familiers des Muses hautaines,
Et les femmes, sans cancans et sans haines,
Illumineraient les soirs de leur grâce.

- Ah ah ah ! C'qu'il est drôle ! Z'entendez ça, barman ? R'mettez m'en un, histoire que j'me r'froidisse pas, d'ici la fin d'l'histoire !
Ecoute mon dauphin, t'es pas au point sur la faune et le climat du coin : les Muses Hautaines ici on les appelle les hareng-gueuses, des sirènes nyctalopes qui défendent leur bout d'plage goudronnée à coups d'nageoire, et la seule chose qu'elles essaient d'allumer c'est l'marin déboussolé et l’œil presque pané de leur maquereau qu'a jeté depuis longtemps leurs papiers dans l'caniveau. Les femmes comme moi, on les considère pareil, mais de jour.. nous aussi, on a droit à de sacrées déclarations d'amour.. Allez, tu m'fais l'dernier acte ?

- … euh... laissez-moi...euh.. ah! Laissez-moi vous emmener loin d'ici, un soir, loin de ces cris, de tout ce noir. Laissez-moi approcher de votre âme, permettez-moi d'ôter le bleu de vos souffrances, de rosir vos joues et de redonner à vos nuits le goût de la vie.
Et l'on songerait, parmi ces parfums
De bras, d'éventails, de fleurs, de peignoirs,
De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs,
Aux pays lointains, aux siècles défunts.*

- Ah, voilà ! Ça c'est du théâtre ! Bravo ! Quel talent ! Si tu prends des cours, continue hein ! T'en as encore bien besoin.. écoute moi bien p'tit dandy d'pacotille.. garde tes tirades de Dom Juan d'occaz' pour les daurades qui raffolent des histoires à l'eau d'mer, moi j'ai suffisamment écumé.
Donc pour le resto, c'est non, tu l'as bien compris, mais pour compenser, j'te laisse régler mes deux expressos. Faut que j'y aille, là, y a une gondole qui vient juste de se garer en double-file !

(* : La vie idéale)

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