Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 28 mars 2013

Panthère vorace et papillon en robe de soie ( Charles Cros - 4ème jour)

scarecrow.jpg

(juste avant)

Tandis qu'il s'habillait, notre beau brun ténébreux contemplait sa bien-aimée fraîchement arrivée :
Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie
Lasse d'amour, sous mes baisers, s'est endormie.
Voici le matin bleu qui vient sur l'oreiller
Éteindre les lueurs oranges du foyer.


L'insoucieuse dort. La fatigue a fait taire
Le babil de cristal, les soupirs de panthère.
Les voraces baisers et les rires perlés.
Et l'or capricieux des cheveux déroulés
Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche.
Nue et fière de ses contours, la gorge blanche
Où, sur les deux sommets, fleurit le sang vermeil,
Se soulève et s'abaisse au rhythme du sommeil.

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc.
Qui sort de son cocon, l'aile collée au flanc.

A côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Epars dans tous les coins de la chambre muette
Je revois les débris de la fière toilette
Qu'elle portait, quand elle est arrivée hier
Tout imprégnée encor des senteurs de l'hiver.*

Et là, dans la cuisine, penchée au-dessus de votre saladier vous vous mettez à soupirer, à pleurer, à maudire cette blonde échevelée allongée à VOTRE place, endormie dans l'odeur de VOTRE beau brun ténébreux, sur la peau de bête juste devant la cheminée, ce sont VOS vêtements qui devaient être éparpillés, déchirés pour certains, dans toute la maison ! Ça devait être VOUS, la panthère vorace, VOUS le papillon en robe de soie !

- Quelle garce, cette Brigitte ! Pourquoi elle ? demandez-vous à votre soirée fille, posant le saladier sur la table du salon.

- Brigitte ? Quelle Brigitte.. ?

- Bah, celle de l'émission d'amour agricole là..

- Ahhhh, mais nan, rien à voir ! c'est Barbara Coeurtendre, tu sais, celle qui écrit des romans d'amour, qui lisait un extrait de son dernier roman, sur un plateau-télé...

- Ah oui... ? Ça a l'air pas mal didon...

Eh oui, votre mère ne vous l'a jamais dit ? Ce genre d'histoire, ça n'arrive que dans les films, ou dans les livres, bref, ça n'arrive jamais..
La fameuse et pauvre Brigitte, elle, a eu droit à un réveil légèrement plus... rustique :
"- Ouh-là, mais j'avais pas remarqué qu't'avais autant d'peinturlure, hier soir.. tu m'as tout dégueulassé l'oreiller, avec ton bleu à paupière et ta poudre orange là.. faudra m'nettoyer ça hein, pi t'en profiteras pour ramasser tes affaires qui traînent partout, y a pas d'gouvernante ici..
Sinon, rassure-moi t'as d'autres affaires que celles-là ? Nan parce que bon, j'ai rien contre hein, mais ici c'est l'genre de truc qu'on met sur les épouvantails, pour faire peur aux corbeaux..
Et.. ah oui, pendant qu'j'y pense.. ton parfum là, faudra arrêter d'en mettre, parce que les vaches elles risquent de pas supporter.. et moi non plus d'ailleurs..
Bon allez, faut s'lever là.. ça tiraille du pis dans l'étable !"

 

Comme quoi, la réalité dépasse parfois la télé..

(* : Matin)

 

Les commentaires sont fermés.