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mardi, 09 avril 2013

Derrière Le Château d'Eau rue d'Paradis, se cache l'enfer des Poissonnières.. ( Albert Samain - 2ème jour)

ensigne.jpg- Alors chéri, on s'promène ? On s'est perdu, on cherche son chemin ?

- Femme, qui nous attends dans l'ombre au coin du bois,
Quand, chevaliers d'avril, en nos armures neuves
Nous allons vers la vie, et descendons les fleuves
En bateaux pavoisés, le rameau vert aux doigts.


- Ah si tu veux voyager j'peux te faire lever l'ancre, mais j'te préviens, pour la croisière c'est plus cher

- Fleur chaude, fleur de chair balançant ton poison,
Tu te souris, tordant ta nudité hautaine,
Et déjà les parfums de ta robe lointaine
Nagent comme une haleine ardente à l'horizon,

- on est plutôt du genre à butiner... ça t'dirait qu'j'te fasse visiter mon jardin secret ?

- Rampe au long des buissons, darde tes yeux de flamme.
Un regard, et déjà la chair folle s'émeut ;
Un sourire, et l'alcool de nos sens a pris feu ;
Un baiser, et tes dents ont mordu dans notre âme !

- Par contre, j'aime pas trop les activités de plein air, et j'embrasse pas..

- A Toi, va, maintenant les sublimes, les fous,
Tous ceux qui s'en allaient aux fêtes inconnues.
Archanges déplumés, précipités des nues,
Oh ! comme les voilà rampants à tes genoux !

- Ouh là, avec la chance que j'ai j'suis tombée sur un fanatique qui veut m'embarquer dans je sais pas quelle secte..

- Tout leur cœur altéré râle vers ta peau rose,
D'où rayonne un désir électrique et brutal.
L'horizon lumineux sombre en un soir fatal,
Et voici s'effondrer la grande apothéose...

- T'as fixé trop longtemps l'enseigne du club de strip au coin d'la rue toi, ("Lap hot elle ose") ! Fais gaffe à pas nous faire une crise d'épilepsie, j'suis pas infirmière hein, enfin.. si t'as « une bonne mutuelle », on peut s'arranger..

- Toi cependant, trônant aux ténèbres du lit,
Tu berces leur vieux rêve éteint dans ta chair sourde,
Et tu caches le monde à leur paupière lourde
Avec tes longs cheveux de langueur et d'oubli.

- Oh si tu savais tout c'que ma chair a déjà entendu.. Mais, t'inquiète pas, elle raconte rien, secret professionnel oblige !

- Ta chair est leur soleil ; tes pieds nus sont leur gloire ;
Et ton sein tiède est une mer aux vagues d'or,
Où leur cœur de tendresse et d'infini s'endort
Sous tes yeux, où s'allume une sombre victoire.

- Bon, alors j'vais t'la faire courte : Ouais j'fais des UV, non j'fais pas dans le fétichisme, si tu veux d'la tendresse retourne chez ta mère. Et maintenant, si tu m'laisses pas bosser, c'est toi qu'on risque d'allumer...Allez hop, finie la double-file, c'est stationnement payant ici, circulez y a rien à voir pour les avares, pas d'catin pour les radins !

- Pour toi seule, à jamais, à jamais, sans remords,
Chante leur sang brûlé par le feu de ta bouche,
Et, souriant du haut de ton orgueil farouche,
Tu refermes sur eux, douce enfin à leur mort,
Tes bras, tes bras profonds et doux comme la mort.(*)

- Ouais ouais, si tu l'dis.. Dépêche-toi d't'envoler avant d'te faire plumer gueule d'ange ! Allez casse-toi... !

« ...avant que 'Nepthunes' se ramène », pensa-t-elle, une fois le jeune dandy déguerpi. C'est pas un marrant, Nepthunes, c'est l'boss de la rue, et toutes les nuits y vient relever les filets des hareng-gueuses. Si la pêche a pas été bonne, Nep'thunes il l'a mauvaise, parce que lui aussi il a des comptes à rendre à Plud'thon, son frère, le roi des boss de la nuit. Mais les filles, entre elles, elles l'appellent Belzéputh..

« Eh ouais gueule d'ange, faut pas s'fier aux apparences.. Derrière Le Château d'Eau rue de Paradis, on cache l'enfer des Poissonnières..** »


(* : extraits de Destins
**
: jeux de mots purement formels et infondés autour de noms de rues et de stations de métro parisiennes)

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