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jeudi, 11 avril 2013

Essuyer ses péchés sur le paillasson avant de les glisser sous la table ( Albert Samain - 4ème jour)

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(le jour, ça donne ça)

- Regarde.. non mais regarde moi ça.. regarde-les courir, regarde-les ramper, fourmis lubriques qui font un détour avant de rejoindre leur reine..

- Pareils aux émigrants dévorés par les fièvres,
Ils vont, l’haleine courte et le geste incertain.
Sombres, l’envie au foie et l’ironie aux lèvres ;
Et leur sourire est las comme un feu qui s’éteint.


- Regarde leurs yeux collés au trottoir, perdus soi-disant dans leurs sombres pensées, ayant surtout peur d'être reconnus dans cet amas de plaisirs incongrus

- Ils ont perdu la foi, la foi qui chante en route
Et plante au cœur du mal ses talons frémissants.
Ils ont perdu, rongés par la lèpre du doute,
Le ciel qui se reflète aux yeux des innocents.

- Regarde-les plonger ce qui leur reste d'âme dans les bas résille, regarde les talons aiguille crever leur envie de salace, d'inavouable, d'impur

- Même ils ont renié l’orgueil de la souffrance,
Et dans la multitude au front bas, au cœur dur,
Assoupie au fumier de son indifférence,
Ils sont rentrés soumis comme un bétail obscur.

- Je te parie qu'ils essuient leurs péchés sur le paillasson avant de les glisser sous la table, lancent un morne « bonne journée ? » sans entendre, sans attendre la réponse. Après le dîner jettent leur lâcheté au linge sale, enfilent leur hypocrisie pour la nuit et recommencent le lendemain

- Leurs rêves engraissés paissent parmi les foules ;
Aux fentes de leur cœur d’acier noble bardé,
Le sang altier des forts goutte à goutte s’écoule,
Et puis leur cœur un jour se referme, vidé.

- Ah, l'un d'eux relève la tête, engage la conversation, il a l'air jeune encore il s'anime il semble avoir un cœur une âme on dirait qu'il vit qu'il croit en ce qu'il dit mais pourquoi s'affole-t-il que cherche-t-il du regard il craint quelque chose quelqu'un il ne la regarde déjà plus il déguerpit et s'engouffre à nouveau dans la nuit

- Matrone bien fardée au seuil clair des boutiques,
Leur âme épanouie accueille les passants ;
Surtout ils sont dévots aux seuls dieux authentiques,
Et, le front dans la poudre, adorent les puissants.

- Regarde la lune éclaire les appâts éblouit les pécheurs clandestins Nep'thunes veille aux écailles des sirènes compte les filets garnis des comptes dégarnis défilé jusqu'à l'aube jusqu'à ce que le soleil remette un peu d'ordre dans tout ça évapore l'écume des nuits oubliée dans les caniveaux plante le décor d'un nouveau jour jusqu'au prochain lever d'rideau

- Ils veulent des soldats, des juges, des polices,
Et, rassurés par l’ordre aux solides étaux,
Ils regardent grouiller au vivier de leurs vices
Les sept vipères d’or des péchés capitaux.

- Elle est belle ta chanson, elle est triste mais elle est belle, comme un coucher d'rideau, comme un lever de lune, comme un rayon sans soleil

- Comme la vie, Lulu, comme la nuit...

- Comme nous, quoi..

- C'est ça Lulu, c'est ça.. :

- Pieds nus, manteaux flottants dans la brise, à l’aurore,
Tels, un jour, sont partis les enfants ingénus,
Le cœur vierge, les mains pures, l’âme sonore...
Oh ! Comme il faisait soir, quand ils sont revenus !(*)

- On est un peu les "comment-à terre" de la vie la nuit..

- Des Clochar'tistes le jour, mais clochard triste toujours...


(* : extrait d'Idéal)

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