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lundi, 17 mars 2014

L'homme à l'oreille croquée

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Une histoire classique, banale. Un ado de 15 ans, Marcel, scolarisé chez les Pères, un peu poète, rentre au bahut à La Rochelle. Dans le compartiment, une fille, un vieux. Sans prévenir, Marcel tombe littéralement sous le charme de la jeune femme qui l'entreprend sans préambule, lui mord le front, échange avec lui ses fluides corporels comme on s'échange des adresses pour ne pas perdre le contact, à la fin des vacances, et, en guise d'adieu, lui bouffe l'oreille.


Sûrement qu'tout ça c'est dû à la catastrophe ferroviaire, au train qui déraille et à la banquette qui se cale dans l'dos d'la dame – Marie-Claude, qu'elle lui a glissé dans l'oreille, avant d'la lui arracher – entre deux gémissements gluants.

Après quelques grincements, claquements, crissements et hurlements, Marcel se réveille à l'hôpital, et sera suivi de près par ses parents, les médecins les psys, à cause du choc, soi-disant. Certes Vincent, enfin, Marcel, ne dort plus beaucoup, ne supporte plus la vue d'la viande, mais pas d'quoi faire un tel foin. Il pense à Marie-Claude, et à son oreille. Il se demande c'qu'elles sont devenues, elles lui manquent, en quelque sorte. Et puis il tombe sur un article, dans une salle d'attente..

Les exams passés, Van Gogh, enfin, Marcel, reprend le train, pour les vacances, sans ses parents, d'abord, qui le regardent « d'un drôle d'oeil », « entre l'incompréhension et la piste aux Étoiles ». Quelques séquelles, diluées à coups de poèmes de Ginsberg surtout « À mort l'oreille gauche de Van Gogh », son préféré. On lui a dit, y a pas longtemps : « La poésie.. Comme y en a pas dans la vie, on la cherche dans les livres ». C'est vrai que Marcel, déjà, comme prénom... c'est pas une invitation au voyage. Et pourtant,  ils vont en voir du pays, Marcel et sa portugaise, De Nantes à Paule, en passant par Quiberon, Quimperlé, Carhaix, Rostrenen, et le Sud. Ils vont en croiser, en stop, à pied, à vélo, du gars du coin, du bien trempé aussi, une gueule d'Ange déchu, un punk complètement cramé.

Ça s'accélère, de nouveau, ça déraille, forcément, c'est du J.B. Pouy, (voir ici, , et là-bas) ça peut pas aller autrement. Entre caractères tranchés à la machette, trempés comme l'acier, Marcel va voyager, louvoyer, faire le con aussi. C'est normal, à quinze ans. Heureusement, y aura une femme, pour l'aiguiller, le remettre dans le droit chemin. Sur les rails. Au propre, comme au figuré. Même si, propre, ça l'est pas vraiment.

Ça finit. Ni bien, ni mal. Ça finit. C'est déjà bien. Déjà pas mal. Mais attention. Ça va vite. Et ça grince. Aussi vite qu'un train qui déraille. Aussi fort que le fer qui travaille.

Note : aussi grinçante qu'une craie cassée sur un tableau, aussi noire que ce dernier, aussi tendre que le regard de l'instit' compatissant.

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