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vendredi, 25 avril 2014

Trouée dans les nuages

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« Au début tout était calme, serein, comme au premier jour. Leur vie et leur façon d'être évoquaient ces feuilles d'un vert tendre dont les nervures transparaissent sous le soleil de midi. »

Lui est un travailleur affable et ouvert, toujours prêt à donner un coup de main à ses collègues
Elle a un « caractère qui ressemble de manière frappante à celui de son époux, une féminité hors du commun, une pudeur hautaine et désarmante. »
« Ils étaient aussi visibles que deux étoiles par une claire nuit d'été. »
Leur « vie quotidienne n'était que paix, tranquillité et calme : des existences sages jusqu'à la banalité. » Seul nuage : l'impossibilité de procréer.

 


*Interruption de l'auteur* : certains détails sont négligeables, inutile de tout savoir : « nous ne devons pas tenter d'élucider tous les pourquoi de la vie réelle. Elle est ainsi, un point c'est tout. Elle nous assomme de détails trop bien connus et confond notre ignorance en nous plaçant devant des faits mystérieux et imprévisibles. » D'autres détails, eux, mettent en relief le drame qui se joue. Il faut esquisser une toile de fond, un pastel de la société chinoise de l'époque, avec ses traditions ancestrales, ses idées et idéaux, politiques et culturels, ses femmes émancipées en apparence qui souffrent toujours en silence, la maîtrise de soi, toujours, en toutes circonstances. Ne rien laisser paraître, jamais. Du moins le jour.

Ça commence par un détail, une attitude, quelque chose d'à peine perceptible, qui flotte, pour l'un, des larmes comme un barrage qui cède, pour l'autre, en secret, bien sûr, une métamorphose discrète, irrémédiable.
Les jours se succèdent, se confondent d'ordinaire, de banalité, d'habitudes, rien ne transparaît. Les traditions, l'intelligence. Mais, la nuit, tous les huis-clos sont permis.

C'est un pyjama aux motifs disgracieux semblables à des taches de sang séché, sur cette silhouette gracile, d'ordinaire si élégante, qui donne le signal, annonce le début des hostilités.

Elle semble prendre l'avantage, prunelles de chat, qui laisse partir sa proie pour faire durer le plaisir, froideur reptilienne, glacée et venimeuse comme un serpent, immobile, sous le grand hévéa, et puis le perd, quand la flamme s'allume dans le regard adverse, embrase le jardin devenu jungle. La situation s'inverse, il prend le dessus, physiquement. Alors les natures profondes éclatent au grand jour, enfin, à la grande nuit. Quinze ans d'apparence volent en éclat, sans faire trop de bruit tout de même : « tu es peut-être une pute et moi un salopard, mais nous tenons autant l'un que l'autre à sauver la face. Les gens ne sauront rien. » Ce sont des ingénieurs : ils sont intelligents, ne l'oublions pas.

En effet. Personne ne saura. Les Chinois n'ont pas pour habitude de s'épancher pour des vétilles. Sauf dans les romans, peut-être, ou les séries télévisées.

Deux vies qui se sont déjà croisées, sans le savoir, à l'instar des protagonistes de la pentalogie Le poids des secrets, qui portent elles aussi les tragédies des générations passées, icebergs cachés qui, sous l'effet du réchauffement climatique, fondent et provoquent le ras-de-marée. Dans les foyers, évidemment. Jamais en société. Ça ne se fait pas. Question de dignité, de maîtrise de soi.


Note : 八-闭的
("huit-clos", à peu de choses près)

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