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mardi, 17 juin 2014

A la grâce des hommes

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Agnes pue. Elle est noire de crasse et couverte de croûtes : sang, sueur, humeur. Elle n'est que suintement. Chaque jour qui passe [la] rend moins humaine à leurs yeux. Ils [la] traitent comme un animal, comme une de ces bêtes au regard morne qu'ils rentrent quand il pleut et nourrissent avec ce qu'ils peuvent. Ils refusent de croiser [son] regard. Ils [lui] attachent parfois les jambes, en fin d'après-midi, comme ils le font avec les chevaux.


Agnes a les cheveux noir comme les corbeaux ; elle est un mauvais signe, une malédiction, l'enfant d'une femme de peu de foi. Ça se transmet, ces choses-là, apparemment. C'est dans les gènes.

Agnes est un marteau et un couteau, deux hommes morts et un incendie. C'est ce qu'ils voient, quand ils la regardent. C'est ce qu'ils veulent voir, ce sont eux, qui écrivent l'histoire. « Pendant le procès ils ont picoré mes mots comme une nuée d'oiseaux. D'affreux oiseaux vêtus de rouge et boutonnés d'argent. Têtes penchées, becs serrés, ils fouillaient mon âme en quête des baies rouges de la culpabilité. »
Une femme qui pense n'est jamais tout à fait innocente, vous comprenez ?

En attendant son exécution, Agnes est condamnée à vivre. À jouer les servantes dans un badstofa, comme si de rien n'était, comme si elle n'était rien d'autre. Jon, Margret, Lauga et Steina, eux, sont « condamnés » à héberger et faire travailler une meurtrière, à la nourrir, à dormir à côté d'elle. Ils n'ont pas le choix. Mais ils seront dédommagés, pour la « gêne » occasionnée.

Agnes va servir d'exemple à la communauté, alors elle doit marcher sur le chemin de la rédemption, purifier son âme, son sang, accompagnée d'un sous-révérend, Toti, qui a la fragilité de l'enfance sans la rage et la bêtise de la jeunesse. Agnes doit « accepter » son sort, obéir à la loi écrite par des hommes qui rendent grâce à Dieu, écouter La Parole. Obéir, encore et toujours..
À quoi bon ? Agnes en a déjà trop entendu. Elle préfère parler, à tel point qu'elle en aura la mâchoire engourdie : « Ma langue épuisée gît dans ma bouche comme un oisillon mort, son duvet tout humide entre les cailloux de mes dents. » L'écoutent-ils, seulement ? L'entendent-ils, vraiment ?

Qui pourra, voudra la comprendre ?
Ils ne savent pas qui elle est.
Seul Natan la connaissait, comme on connaît le passage des saisons et le mouvement des marées

Note : puissante et envoûtante, comme la main d'un bourreau qui égrène un chapelet

 

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