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lundi, 23 juin 2014

Les bonnes gens

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Vient un jour où tout ce que vous croyiez avoir laissé derrière vous plante sa tente au beau milieu de ce que vous espériez encore pouvoir qualifier de lendemains pour hurler : "Par ici".
Eh bien, me voici.

 

A qui peut-on raconter ça ? Qui a les oreilles pour entendre une chose pareille ?


C'est un petit coin, enfin, quatre coins de Paradis au-dessus desquels les vautours volent en cercles paresseux, dans lequel on peut voir des histoires défuntes s'enrouler autour d'un chêne jusqu'à en rougir l'écorce, des pâquerettes cousues de fil violet se noyer dans une ombre de plus en plus profonde, un reste de femme porter un chapeau en chutes de cochon.
Entre deux coups de fouet on y entend chuchoter quelques démons, gémir les fantômes prisonniers de toiles d'araignée, et dans un puits l'écho d'un ange tombé.

C'est un endroit comme dans un conte cruel, où la fiction dépasse la réalité. Où les vérités sortent des bouches apparues sur le corps d'Alcofibras revenu. Où une truie menace Ginny de la frire à la poêle, où l'on voudrait transformer les femmes en pierre pour les mettre à l'abri dans une poche, comme un morceau d'écorce noire.

Avant, Ginny avait un château au-dessus des nuages, dans lequel elle lisait et dansait tant qu'elle pouvait.
Arrivée au Paradis, elle croqua la brise à pleines dents, tressa des couronnes de pâquerettes avec Cleome et Zinnia, comme si elles n'étaient pas noires, comme si elle n'était pas blanche.
Mais l'illusion ne tint pas bien longtemps.
Quand Linus, son mari, se mit après elle, elles lui apprirent à voyager sans bouger. Vers un endroit où elle pouvait danser. Un endroit où elles-même échappaient à la puanteur, à la morsure des rats, du fouet. Le ventre de son épouse ne donnant pas sa part au Seigneur, Linus la jeta hors du lit et partit de l'autre côté du couloir. Crâne vide éclairé par deux flammes diaboliques, il se mit en devoir d'illuminer chaque soir les deux ténèbres. Ginny, devenue leur mère à tous, vit rouge, blanchit de rage et se mit à broyer du noir. Au propre comme au défiguré.

Le ciel bleu et les nuages ont tout vu, ont vu ce qui n'aurait jamais dû être autorisé à se produire. Témoins qui n'ont fait que regarder, encore et encore.

Jusqu'à ce qu'une fleur de métal plantée dans la nuque du tyran éclose, et distille le parfum enivrant du « juste » retour des choses. Du Mal doublement incarné. La blancheur qu'on croyait éternelle tomba dans le jardin des supplices cultivé par son défunt mari. Goûta à l'humidité, la puanteur et la morsure des rats comme autant de desserts bien mérités.

Ginny/Scary Sue, surtout, et Zinnia racontent, l'une écorchant encore et encore la cicatrice ceignant sa cheville, l'autre ramassant au fur et à mesure les cailloux tombés du passé, racontent des vies en Noir, en Blanc, évoquent le souvenir d'une vie en rose à jamais souillée, comme un porc condamné à rouler éternellement dans la boue.

Note : brûlante comme la morsure du fouet exposée au soleil de midi, glaçante comme le froid de ses pupilles d'où pendent des stalactites.

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