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jeudi, 11 septembre 2014

La condition pavillonnaire

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« D'une histoire commencée avant nous, et qui se continuera tant qu'on pourra tenir des cadastres et des conversations, édifier des murs, creuser au bulldozer, cultiver un potager, élever des enfants, tant qu'on pourra payer du géomètre, de l'ingénieur, de l'ouvrier ; tant qu'il sera possible de se réunir chez un notaire pour imprimer un acte de vente en quatre exemplaires dans un bureau climatisé.
D'une histoire qui se continuera après nous tant qu'il y aura du couple pour y résider, s'aimer, nettoyer, bricoler, recevoir, vivre en somme ; tant qu'ils seront assez fertiles pour se reproduire, engendrant une famille de plusieurs membres et dans cette famille toi, la femme, M.A. »

« Pour une fois qu'il arrivait quelque chose, que n'aurais-tu pas fait ? »

 

 


Déjà petite tu t'ennuies. Tu fais d'un incident un grand malheur. Ton enfance te paraît fade - tu lui donneras du relief, des années plus tard, lors de tes séances chez le psy, pour te sentir digne d'intérêt.
Jeune femme tu crois vouloir ce que personne d'autre n'a jamais voulu avant toi. François, ton futur mari, te caresse encore comme on polit une pierre précieuse, pendant des heures.
Adulte, tu as ce que tu voulais – vous emménagez dans un pavillon que vous remplissez avec des rires d'enfants et tout ce que les années 1980 offrent de modernité. Ton mari est aimant, attentionné. Juste heureux d'être à tes côtés. Tout est pour le mieux dans le meilleur des pavillons. Vous avez chacun un métier, des amis, vous organisez des dîners. votre vie est réglée comme le programme n°6 de la machine à laver.

Te voilà reine et esclave, au service du bon fonctionnement de la machine familiale - pieuvre dévorante, manipulée par les tentacules de la bête. Tu remplis ton devoir, les estomacs, l'emploi du temps aimanté au réfrigérateur. Tu en éprouveras un certain bonheur, même, un bonheur fait de petites choses simples qui se répètent.
Mais tu as beau remplir tout ce qui doit l'être, tu sens toujours un vide.

Tu as ce que tu voulais. Pas ce que tu veux.

Tu te lances dans l'adultère, croyant pouvoir ramener un homme à la passion. Tu te lances dans l'humanitaire, pensant sauver des vies à bord d'un hélicoptère. Tu achèteras une machine à expresso et noieras ton amertume le samedi après-midi avec tes amies dans « un café noir, lourd en bouche, aux  aromatiques puissants , qui rend plus précieux ces moments entre vous »

Et jusqu'au bout, jusqu'entre les rides sillonnant ta peau, tu chercheras le chemin vers ton destin forcément hors du commun.

Tu es M. A., une femme aux « malheurs violemment modernes », Emma Bovary habitant Wisteria Lane.


Note : d'une banalité incroyablement touchante et captivante

 

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